Aviculture : Heureuses reconversions

Publié le 02 juillet 2019

« Nous montons un GIEE avec d’autres éleveurs afin de mutualiser les coûts de stockage, pour utiliser des silos et des mélangeurs communs et réduire ce poste de dépenses qui pèse sur l’exploitation », explique Samantha Chauvin.

Visite dans le Luberon de deux exploitations avicoles récemment installées : La ferme du Luberon à Robion et Poules&Co à Cabrières d’Avignon. Ces Gaec en agriculture biologique sont une poignée à s’installer en Vaucluse, sur le créneau des volailles fermières. Le Conseil départemental, qui leur a rendu visite le 22 mai dernier, soutien ces démarches.

Le Vaucluse compte environ une quarantaine d’éleveurs avicoles en agriculture biologique, et cinq à dix sont en cours d’installation. Certains sont en reconversion. En voici deux exemples, satisfaits de leur changement de direction.

L’exploitation ‘La ferme du Luberon’, à Robion, de Céline et Cédric Reyre, est située sur les contreforts du Luberon. À respectivement 36 et 37 ans, c’est une totale reconversion pour eux. « Nous avons eu nos cinq enfants très jeunes. Nous avons toujours élevé quelques lapins et poulets pour notre consommation personnelle. Alors, lorsque j’ai voulu reprendre une activité, j’ai naturellement eu envie de me lancer dans l’élevage de volailles. Nous avons trouvé des terres en location, il y avait de la demande, alors tout doucement nous avons monté le projet » explique Céline. Elle a commencé par une formation ‘Parcours Ecopaysan’, puis a passé son bac agricole et a appris les ficelles du métier au ‘Chant du coq’ à l’Isle-sur-la-Sorgue. Et Céline a créé l’exploitation le 1er janvier 2016, en agriculture biologique.

En 2017, Cédric, quitte son métier de maçon pour la rejoindre, en tant que conjoint collaborateur. Le couple élève des poulets, des canards, des cailles et des lapins bios, ainsi que des poules pondeuses.

Éviter les pertes

L’élevage est réparti sur deux sites, totalisant 7,5 hectares. Les poussinières et une partie de l’élevage de lapins se trouvent sur Oppède, près du logement actuel de la famille. « Nous pouvons ainsi surveiller les poussins, qui passent 4 à 6 semaines dans ce premier poulailler, avec un chauffage dégressif. Puis, nous les transportons sur le site de Robion, dans les parcs adultes, où sont également les pondeuses et le reste de l’élevage de lapins. Les pondeuses entrent en ponte vers 16 à 18 semaines. Nous les gardons deux saisons, chaque année le cheptel est renouvelé de moitié, puis une partie des poules réformées est vendue à des particuliers et nous faisons transformer la plupart en rillettes, gésiers, confits, pâtés et poules au pot… avant de les commercialiser. Cela permet d’éviter les pertes ».

L’exploitation a 750 pondeuses et 4000 poulets pour la chair et, cette année, environ 450 canards en agriculture biologique. Les lapins mangent bio et l’exploitation est autonome sur le fourrage. « Pour les lapins, les volumes sont aléatoires, car on gère la reproduction. L’an dernier nous avons eu 300 lapereaux en sortie. Cette année, c’est un peu délicat en raison d’une maladie, la VHD. Nous espérons passer en bio pour les lapins en cours d’année. Nous élevons également des cailles, 300 pondeuses pour les œufs et un peu plus de 1000 cailles pour la chair, selon les principes de l’agriculture biologique mais le label n’existe pas pour ce type d’élevage » explique Cédric Reyre. Les cailles, en volière extérieure, sont vendues d’avril à août.

Améliorer son hygiène de vie.

Les animaux sont abattus sur place, à 100 jours minimum, et vendus en circuit court sur les marchés, dans les magasins de producteurs ‘Naturellement paysan’, en Luberon et à Apt, et via le réseau Biocoop.

Récemment, le couple a investi pour construire un abattoir sur place et un centre de conditionnement pour les œufs, qui est en cours d’agrément. « Il nous faut un hangar également, pour stocker plusieurs sortes de céréales. Nous nourrissons les animaux à la main, cela nous permet de bien les observer, de vérifier qu’ils vont bien » précise Cédric Reyre. Le couple espère voir aboutir rapidement son projet de logement près de l’exploitation de Robion, « pour une meilleure hygiène de vie. En termes de volume de production, on atteint les objectifs que l’on s’était fixés » se réjouit-il. Et leur projet de création d’un groupement agricole d’exploitation en commun devrait voir le jour en 2020.

Une empreinte écologique la plus faible possible.

En plein cœur du parc naturel régional du Luberon, Manon et Samantha Chauvin, respectivement 28 et 34 ans, sont installées depuis avril 2017 en Gaec sur l’exploitation ‘Poules & Co’, à Cabrières-d’Avignon. « Nous avions ce terrain par les grands parents de ma première associée. Nous voulions changer de vie et nous avions envie d’un élevage avec une empreinte écologique la plus faible possible, et relativement autonome financièrement, qui ne dépende pas des aides de la PAC. On s’est très vite rendues compte qu’on avait envie de faire ça », reconnait Samantha.

Sur la propriété de 2,44 hectares, elles élèvent, dans le respect du cahier des charges de l’agriculture biologique, 570 têtes de volailles pondeuses, 1700 pintades et poulets de chair et 350 pintadeaux, dont une partie sera chaponnée. « Nous en avons fait l’an dernier pour les fêtes et ça a eu beaucoup de succès. Nous mettons huit mois à les préparer. Cette année nous prévoyons de doubler notre production de chapons » remarque Samantha, encouragée.

« Pour l’instant, 80% de  notre chiffre d’affaires sert à acheter l’alimentation des animaux. Les céréales coûtent cher, 800 € la tonne en silos, 900 € en sacs. Nous montons un GIEE avec d’autres éleveurs afin de mutualiser les coûts de stockage, pour utiliser des silos et des mélangeurs communs et réduire ce poste de dépenses qui pèse sur l’exploitation. »

Elles vendent leurs animaux et leurs œufs presqu’exclusivement en vente directe, en particulier par le biais du marché de Coustellet, et le magasin ‘Luberon paysan’.

Du soutien et de la sensibilisation.

« La construction récemment d’un deuxième bâtiment pour les poules pondeuses a été faite pour avoir une rotation et des œufs tout au long de l’année » explique Samantha Chauvin. Pour ce projet, le Conseil départemental leur a alloué une aide financière, via son dispositif ‘Graines d’avenir’, qui favorise les jeunes agriculteurs ayant une démarche agro-écologique. « Tous les projets des jeunes agriculteurs qui permettent comme ici de maintenir du foncier agricole, et ont une fibre environnementale entrent dans les critères d’aides du Département, un appel à projet sera lancé en septembre pour ‘Graines d’avenir’ » précise Christian Mounier, conseiller départemental en charge de l’agriculture.

Manon et Samantha ont par ailleurs un projet de sensibilisation du public à des pratiques plus dignes pour l’environnement. Elles envisagent d’accueillir du public et d’animer des ateliers sur les gestes et dispositifs simples prenant soin de l’environnement.

Cécile Poulain


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