Aux ‘Grands bois’, la relève est là !

Publié le 26 janvier 2021

Philippine Besnardeau est fière de la cuvée à son nom. « Un vin en fraîcheur, avec du caractère et une légère tension en finale » commente Marc, son père. (© C. Poulain)

Au domaine des Grands bois, la relève est là. Philippine Besnardeau, 26 ans, est devenue vigneronne, motivée par les rencontres et échanges, avec les clients et d’autres vignerons. Elle s’est engagée aussi dans le syndicalisme, auprès des Jeunes agriculteurs du canton et des vignerons de Cairanne.

Le domaine ‘Les grands bois’, à l’entrée du village de Sainte-Cécile-les-Vignes, jouxte la cave Cécilia. Il a été fondé en 1920 par l’arrière-grand-père maternel de Philippine, Albert Farjon. Le vignoble est essentiellement centré autour de Sainte-Cécile-les-Vignes, mais également un peu sur Tulette et Suze-la-Rousse. Déjà, l’orientation était prise vers la qualité. À la vigne : travail du sol et passage des interceps ; et à la cave, « les premières bouteilles datent de 1949 » rapporte Philippine.

L’esprit entrepreneur, Albert Farjon élaborait aussi des vins blancs pétillants, qu’il expédiait en barriques vers Lyon. Ses deux fils, André et Robert, prirent sa suite et développèrent la bouteille. Puis ce fut au tour de Mireille, la fille d’André de reprendre en 1990 le domaine familial. Elle décide alors de sortir toutes les parcelles de la coopérative Cécilia, pour développer la bouteille et l’export. Puis, elle agrandit le vignoble en acquérant une quinzaine d’hectares à Cairanne et Rasteau. Marc Besnardeau a rejoint son épouse, Mireille, et s’occupe principalement des vignes, tandis que celle-ci gère les vinifications. Aujourd’hui, le domaine dispose de 47 hectares dont une vingtaine sur Sainte-Cécile-les-Vignes. « Nous produisons 85% de rouge, 10% de blanc et 5% de rosé. Avoir les trois couleurs est intéressant pour vendre sur les salons des vignerons indépendants, auxquels nous participons beaucoup » reconnaît la jeune vigneronne. À l’image des vins de la Vallée du Rhône, la part d’encépagement en blanc tend à progresser petit à petit.

Vagues de projets

En 1998 et 1999, une première vague de rénovation augmente la capacité de vinification. La cuverie inox et béton est agencée pour qu’une seule personne puisse travailler en sécurité, par gravité. Conséquences ? « Moins de pompes, moins de manipulations et de trituration du vin et des décuvages facilités ».

En 2011, la famille Besnardeau certifie l’exploitation en Agriculture biologique. « Cela n’a pas changé notre façon de travailler, mais ça aide à accéder à certains marchés » observe Philippine. En effet, l’importateur aux États-Unis s’est montré le premier demandeur ; en France, l’Europe du Nord en est friande, et cela intéresse les épiceries ‘La vie claire’.

En 2015, Philippine arrive à son tour sur le domaine, après un BTS ‘Viticulture-œnologie’, doublé d’une licence professionnelle ‘Commerce des vins’ à SupAgro Montpellier. « Je me suis décidée tardivement, en terminale. Mon père me disait : ‘C’est bien de savoir faire du bon vin, mais il faut savoir le vendre’ ! J’ai donc choisi une formation à la fois en production et en commercialisation, pour améliorer notre marketing, communication, établir des grilles tarifaires cohérentes… ». Avec ses sœurs, Gabrielle et Éloïse, elles ont toujours donné un coup de main à la vigne, aux vendanges et à l’étiquetage. Mais ce sont ses expériences lors des salons des vins qui décident Philippine à embrasser le métier. « Le premier auquel j’ai participé, j’avais dix ans. Ça m’a beaucoup plu de parler aux gens, à d’autres vignerons qui venaient d’ailleurs » se souvient-elle.

En 2016, la cave est à nouveau agrandie, pour vinifier séparément les appellations Côtes-du-Rhône villages Sainte-Cécile-les-Vignes et Suze-la-Rousse, et accueillir le fruit de nombreuses parcelles arrivées en pleine production. Désormais, la capacité de vinification est de 3000 hectolitres. Cela permet de faire des macérations plus longues, et de vinifier plus facilement des cuvées variées.

Un peu de tout

« Pour les vendanges, je suis à la cave. Je réceptionne le raisin, je gère les fermentations, de septembre à début novembre. Ensuite, novembre et début décembre sont habituellement consacrés aux salons des Vignerons indépendants (Lyon, Reims, Lille, Paris, Rennes, Strasbourg), aux portes ouvertes chez des clients cavistes. Et je prépare les salons professionnels, invitations, mise à jour des éléments de communication… » ‘Les grands bois’ participe à Millésime Bio, Wine Paris, Prowein, et Découvertes en Vallée du Rhône. Ainsi, de janvier à mars, c’est le moment des échantillonnages et autres prises de rendez-vous… Et, à partir d’avril, Philippine va dans les vignes pour les travaux en vert. Elle fait également un peu d’administratif. « J’ai la chance de faire un peu de tout. Mais ce sont les vinifications qui me plaisent le plus. Lorsque j’ai rejoint mes parents au domaine, ils m’ont bien écoutée lorsque je leur parlais des nouveautés vues en cours, que je leur exposais mon point de vue sur le choix des bouchons, les températures de vinification, je goûtais aux assemblages… Depuis, les profils des vins ont un peu changé, surtout en blanc et rosés, avec une touche plus féminine. »

Mais 2020 fut une année très spéciale. D’abord, il y a eu les adaptations liées à la crise sanitaire du Covid. Au premier confinement, il a fallu réagir vite, alors qu’il y avait une pénurie de gel désinfectant et que les informations arrivaient difficilement. Les facs fermées, Gabrielle et Éloïse sont arrivées en renfort. Puis, heureusement, l’été est venu et le caveau n’a pas désempli. « Nous avons vu des clients habituels des salons venir faire leurs réserves. Ça nous a sauvé la mise ! » Puis, au deuxième confinement, la famille Besnardeau a mis en place des expéditions ‘franco de port’, pour garder le lien avec ses clients. Elle a également créé une boutique en ligne, en pleines vendanges.

Enfin, Philippine a donné naissance à une petite fille, Léonie, qui a aujourd’hui trois mois.

« Ce début d’année 2021 est dans le flou. Avec la taxe Trump, le Brexit et le Covid cumulés, les incertitudes sur le cours du vrac, l’ambiance générale est morose. Difficile de se projeter. Heureusement, la récolte 2020 a été très belle, en qualité et en quantité. »

Alors, il faut garder le cap. Prochain projet : rénover les bâtiments de stockage pour plus de praticité, poursuivre les travaux d’irrigation, renouveler le vignoble, avec l'arrachage des derniers carignans et vieilles vignes improductives. « Nous voulons un vignoble productif et en état » résume la jeune vigneronne.

Engagement

Philippine s’engage aussi dans la vie des syndicats locaux. « J’ai rejoint les Jeunes Agriculteurs de Tulette, parce que j’y ai des amis » dit-elle simplement. Elle intègre le bureau, comme secrétaire. Et, depuis cinq ans, elle a rejoint les JA de Camaret, où elle est élue présidente d’Orange Est. Sa motivation : « Rencontrer ceux du canton : on vit les mêmes choses, on échange sur nos difficultés, nos techniques, c’est très intéressant ».

Ils organisent des événements festifs, comme la Bodega, qui leur permet de financer un voyage d’étude de trois jours, avec visite de domaines en Champagne, Bourgogne, Cognac… Si c’est une sacrée responsabilité, avec 2000 participants, l’organisation n’effraie pourtant pas Philippine, déjà rodée à la tâche, avec la ‘Fête du rosé’ à Sainte-Cécile-les-Vignes. « Des rassemblements qui resserrent les liens, et qui manquent particulièrement depuis un an » concède la jeune vigneronne.

Cécile Poulain


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