Aptunion : Le méthaniseur, tremplin de croissance

Publié le 06 octobre 2020

Ce grand silo est l’unité principale du méthaniseur, où des bactéries digèrent les effluents d’eau sucrée sortant des usines et produisent du biogaz. (© C.Poulain)

Pour Aptunion, transformer des déchets de fruits en biogaz, c’est aussi passer d’un problème à une opportunité. Le projet génère de la croissance, permet à l’entreprise de se relever, et d’initier déjà un nouveau projet.

« Le projet est né en 2015, lorsqu’Aptunion est redevenue une PME. Il fallait redresser les comptes et réduire le coût d’exploitation de la station d’épuration », rappelle Olivier Charles, directeur général d’Aptunion depuis 2012, suite au départ du groupe Kerry. En effet, à cette période, l’utilisation de la station coûtait 1,3 million d’euros (M€) pour Aptunion, pour un chiffre d’affaires annuel de 35 M€. Une proportion qui menaçait la pérennité de la société.

Les usines rejetaient alors 260 000 m3 d’eau par an, dans lesquels étaient dissous 3000 tonnes de sucre, provenant de la chaîne de traitement des fruits frais en fruits confits. La station générait 4000 tonnes de boue et demeurait saturée. Sous-dimensionnée au départ, elle empêchait le développement de la société. Le méthaniseur est alors apparu comme la solution (lire encadré). Quatre millions d’euros ont été injectés dans le projet, avec l’objectif d’épurer les eaux sortant des trois usines, à coût optimal.

Cinq années auront été nécessaires pour aboutir. « Ce n’était pas un long fleuve tranquille, cela a nécessité de la ténacité » compte tenu des difficultés financières et techniques, reconnaît Olivier Charles. Ainsi, ce vendredi 18 septembre, son discours pour l’inauguration du méthaniseur est l’occasion de témoigner sa gratitude. « D’abord envers les 200 hommes et femmes de l’entreprise qui ont participé à son redressement. » Des remerciements destinés aussi aux « partenaires fiables du projet », tels que GRDF, les banques LCL, CIC, BPI, Société générale et les organismes publics financeurs, la Région Sud Paca, l’Agence de l’eau et l’Ademe. Le P-D.G. a également salué l’actionnaire Michel Charrier – dont le groupe Mireolian a racheté Aptunion en 2015 – « dont la confiance et la vision d’industriel à moyen terme nous a accordé ce temps long nécessaire » a souligné Olivier Charles.

« Ce projet s’intègre dans Méthasynergie, qui fédère différents acteurs autour de la création d’une vraie filière dans la région. L’objectif est d’atteindre 330 unités en 2030. Aujourd’hui, six sont réalisées, et une trentaine est en phase d’investissement, de faisabilité ou encore au stade de simple idée » relate le député, Julien Aubert. « Grâce à vous, Apt devient la première ville de France dans laquelle est installé un méthaniseur » reconnaît aussi Dominique Santoni, la maire d’Apt. Et le gaz généré correspond à la consommation du tiers de la ville.

Les représentants de la Région et de l’Agence de l’eau se disent également heureux de cette réalisation. Bernard Vigne, coordinateur du pôle ‘déchets et économie circulaire’ de l’Ademe, se dit « fier d’avoir participé à ce projet qui, espérons-le, en propulsera d’autres ». D’ailleurs, les visites du site affluent déjà.

Concrètement.

Une visite guidée a d’ailleurs entraîné les invités à l’inauguration au pied du grand silo, entre les bassins de rétention et les cuves tampons, en petits groupes.

Les eaux sucrées rejetées par les usines d’Aptunion arrivent par le moyen de canalisations dans un grand silo. C’est le cœur du méthaniseur. Là, des bactéries anaérobies transforment 80% du sucre en biogaz. Ce gaz est envoyé dans une tour de lavage, afin d’être purifié par des bactéries aérobies. Le soufre contenu dans le gaz est extrait, puis envoyé dans un bioréacteur, où des bactéries aérobies s’en nourrissent et le précipitent. « Des bactéries plus chères que du caviar, qu’on trouve au fond des océans », précise Thomas Prothon, directeur commercial. Comme cela fonctionne en circuit fermé, celles-ci n’ont pas à être renouvelées. Puis, le gaz débarrassé de soufre fait un passage sur charbon actif. Ce traitement permet d’éliminer la quasi-totalité des impuretés du gaz. Enfin, dernière étape de purification du biogaz : celui-ci est injecté à forte pression (15 bars) au travers d’un filtre membranaire qui sépare le méthane du dioxyde de carbone, dont les proportions sont respectivement d’environ 70% et 30% du mélange. Le méthane peut alors rejoindre une station GRDF, où il est testé, odorisé puis injecté dans le réseau de distribution du gaz de ville.

À noter : le CO2 rejeté est dix fois moins important qu’avec la station d’épuration précédente. « Nous vendons le biogaz cinq fois plus cher qu’on l’achète. Le méthaniseur sera rentabilisé en quatre ans, il permettra alors un gain financier » commente Thomas Prothon.

Devenu une opportunité.

Résultat : le rendement est largement amélioré, car le méthaniseur permet de dépolluer 90% des effluents, c’est-à-dire que 90% du sucre est transformé en biométhane, réinjecté dans le réseau urbain d’Apt et de Gargas, où il représente la consommation de 4000 habitants. La station fonctionne depuis sept mois « plutôt correctement », estime Olivier Charles. « Ce modèle de circuit court – où les fruits locaux entrent dans les usines, et le gaz qui en ressort est consommé par les habitants – est un succès économique et écologique » résume-t-il. « Avec ce méthaniseur, nous avons su transformer des problèmes en opportunités. Nos déchets sont valorisés en énergie renouvelable, et Aptunion est devenu un ‘bon citoyen’ au niveau environnemental » se réjouit Olivier Charles.

« Nous avons créé de la capacité d’épuration. Cette croissance retrouvée va nous permettre de démarrer un second projet d’ampleur : la construction d’une nouvelle usine sur le site. » En effet, l’activité de l’usine de Gargas, spécialisée en inclusions de fruits, doit être rapatriée. Les travaux démarrent fin septembre et devraient durer 12 mois. « Car Aptunion a toujours l’ambition de continuer à créer de l’emploi sur le territoire. »

Cécile Poulain


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