Apiculture : S’occuper des abeilles avant de faire du miel

Publié le 25 mai 2021

Du miel de lavande aux sucettes, en passant par la propolis et les bougies de cire d’abeilles : la production de Valérie Murcia est variée.

Alors que le printemps bat son plein, les ruches de Valérie Murcia s’apprêtent à transhumer, pour la première fois de l’année, en direction du Jura. Entre la nécessité d’une formation appropriée et un véritable dévouement aux abeilles, l’apicultrice livre les secrets de la réussite de sa reconversion professionnelle.

Avant, Valérie Murcia travaillait dans la qualité, dans le domaine de l’agroalimentaire. En 2017, elle décide enfin de sauter le pas et de se lancer dans l’apiculture. Initiée par son grand-père qui avait des ruches, puis poussée par l’enthousiasme de son mari, Jean-Marie, cette amatrice d’abeilles passe d’abord par la case formation, et notamment le Rucher école. "C’est parfait pour découvrir comment s’occuper de ruches, sans pour autant avoir les charges du propriétaire, d’autant plus qu’à ce moment, je travaillais encore. C’est important pour faire la jonction", explique Valérie.

Une transition effectivement nécessaire, car s’occuper de ces petits insectes jaunes et noirs ne s’improvise pas : des savoir-faire sont à maîtriser. Alors elle ne s’est pas arrêtée là : Valérie Murcia a ensuite intégré une formation d’un an au lycée de Rodilhan (30), afin d’obtenir un Brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole (BPREA), option 'Apiculture'. "Nous étions environ 20 étudiants dans la promotion, de tous âges. Ça allait de la vingtaine à près de 70 ans, ce qui a donné à nos échanges une richesse incroyable. Et puis, nos formateurs étaient géniaux", se souvient l’apicultrice. "Ce genre de formation est un peu un passage obligatoire pour entrer dans la profession. C’est même le minimum si l’on n’est pas né dans ce milieu", précise Jean-Marie qui l’accompagne parfois sur les marchés de producteurs, comme celui de Morières-lès-Avignon.

Aujourd’hui, Valérie Murcia dispose d’environ 150 ruches autour de Saint-Saturnin-lès-Avignon, mais il faut de plus en plus souvent recomposer les essaims. "Les abeilles ont du mal à vivre", glisse son mari. "Avant, les apiculteurs faisaient du miel. Maintenant, il faut faire des abeilles. Il ne s’agit plus de récolter, mais d’élever", précise Valérie. Alors, parfois, il faut greffer une nouvelle reine à la ruche. Si elle les achetait auparavant, son exploitation tend aujourd'hui vers l’autonomie : désormais, elle est de moins en moins amenée à faire appel à des abeilles venant de l’extérieur. Pour cela aussi, elle a eu à se former à l’élevage, avec l'Association nationale des éleveurs de reines et des centres d'élevage apicole (Anercea). La formation est permanente dans le métier, pour toujours s’améliorer. "Tout agriculteur vous le dira : dans ce milieu, il n’y a pas de science exacte. Alors, année après année, on essaie de corriger le tir", exprime Valérie avec détermination.

Une production raisonnée

L’apicultrice, bien heureuse de cette reconversion, ne se voit toutefois pas faire de gros changements dans sa façon de produire, maintenant qu’elle se sent bien installée : elle préfère continuer à évoluer petit à petit. Elle prend l’exemple des étiquettes de ses bocaux : "Avant, on en achetait des toutes faites, puis on a décidé de les personnaliser. En 2020, on a intégré le réseau 'Bienvenue à la ferme'. Donc on a rajouté le logo… En réalité, tout est fait pour se démarquer : ce n’est pas le produit que vous trouverez dans le commerce". En travaillant le plus proprement possible, Valérie Murcia privilégie la qualité à la quantité. "L’objectif n’est pas de trop se développer. Déjà parce que je suis seule pour m’occuper des ruches, de la récolte ; ensuite, car je me suis lancée assez tard dans ce projet : nos enfants sont déjà installés dans la vie et n’ont pas pour but de reprendre les ruches", indique-t-elle. Chez les Murcia, tout est fait à la main, même la mise en pots est exempte de machines. Avec une production annuelle d’une à deux tonnes, elle préfère ainsi rester proche de cette quantité de production et des valeurs qu’elle porte, elle qui commence à pérenniser sa clientèle, qu’elle retrouve sur divers marchés vauclusiens.

Première transhumance des ruches de 2021

Après un coup de froid imposé par le gel du mois dernier, la ponte des hyménoptères s’est trouvée ralentie, et les fleurs ont beaucoup souffert. "La ponte aurait pu être un problème pour le début des transhumances. Mais comme les arbres aussi sont en retard, ça devrait s’équilibrer", espère la productrice. Car oui, comme les vaches et les moutons, les abeilles aussi transhument : il faut suivre la floraison. À partir du printemps, Valérie déplace donc une partie de ses ruches. La première transhumance est d’ailleurs imminente, avec l’acacia : direction donc le Jura. Le miel de forêt proviendra aussi de ce département. Le miel de lavande se butine dans les Alpes-de-Haute-Provence, et celui de châtaigniers, en Ardèche. Quant au miel de fleurs, les ruches ne quittent pas le Vaucluse.

Avant de déplacer ses essaims, Valérie Murcia prend soin de s’assurer que tout se passera bien sur les nouveaux ruchers. La sélection de leurs emplacements dépend de plusieurs critères : "Déjà, je m’assure qu’il n’y ait pas de grandes cultures aux alentours, car elles impliquent généralement l’utilisation de produits phytosanitaires. Ensuite, il faut un lieu où les abeilles pourront s’hydrater facilement et sans trop d’habitations, pour faciliter la cohabitation avec l’humain", énumère l’apicultrice. Qu’elle soit à proximité de ses ruches ou qu’elles se situent à plusieurs centaines de kilomètre, Valérie met toute son énergie dans son activité. Celle qui ne travaillait qu’au sein de son usine a aujourd’hui pris goût au grand air. Changement de vie réussi !

Manon Lallemand


Autres productionsMiel murcia abeille apiculture ruches transhumance