AOP Huile d'olive de Provence : D’un Olivier à l’autre, l’olivier toujours gagnant

Publié le 08 août 2022

La passation de présidence d’Olivier Nasles à Olivier Roux s’est faite en présence d’invités de choix : Marie Guittard, directrice de l’Inao, Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud, et Julien Frayssignes, chercheur à Purpan.(ML)

Une page se tourne au Syndicat AOP Huile d’olive de Provence : après 22 ans, Olivier Nasles passe la main à Olivier Roux. Un nouvel Olivier qui prendra la suite dans la continuité, toujours plus mobilisé pour prôner l’appellation auprès des producteurs.

Il était président du Syndicat AOP Huile d’olive de Provence depuis 22 ans. Olivier Nasles tire sa révérence au profit d’un autre Olivier, Roux, cette fois. Faudrait-il donc porter ce prénom pour être le représentant de la filière oléicole provençale?? “D’un Olivier à l’autre, c’est l’olivier qui est gagnant”, résumait en un commentaire sur les réseaux sociaux Jean-Paul Florentino, auteur du livre ‘L’olivier dans le bon sens’.

Une formule justement trouvée qui illustre le message porté par le désormais ex-président :
le syndicat est entre de bonnes mains, quoi qu’il regrette de ne voir que si peu de jeunes dans l’assemblée face à lui. De voir si peu d’oléiculteurs tout court en réalité. “Nous ne sommes qu’une vingtaine et comme pour l’abstention en politique, tout le monde le déplore, tout en n’ayant aucune solution… J’ai tendance à voir le positif et à me dire que si vous êtes peu nombreux, c’est que tout va bien. Mais je ne peux que tirer la sonnette d’alarme”, alerte Olivier Nasles.

Homme de tous les combats pour “son” huile d’olive de Provence tant chérie et adulée, il avait obtenu pour elle la reconnaissance en AOP, le 14 février 2020. À croire que toute la symbolique réside dans la date. Cependant, en 2022, pour faire vivre la typicité de l’AOP, il le revendique : “L’identité ne suffit plus. Quelle protection de l’environnement?? Comment produire tout en respectant mieux nos salariés?? Autant de questions qu’il faut désormais prendre en compte dans la production et la commercialisation”.

Pour sa dernière assemblée générale, il a donc fait le choix de laisser la parole à Julien Frayssignes, chercheur à Purpan, pour évoquer le développement pléthorique des labels en France, et à Marie Guittard, directrice de l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao)
qui prendra elle aussi bientôt sa retraite.

Has been’ le SIQO??

Les Signes officiels d’identification de la qualité et de l’origine (SIQO) sont au nombre de cinq : l’Appellation d’origine contrôlée (et Appellation d’origine protégée pour l’Union européenne), l’Indication géographique protégée, la Spécialité traditionnelle garantie, l’Agriculture biologique et le Label rouge.

“On dénote une sensation d’essoufflement, notamment avec l’apparition de démarches privées qui viennent bousculer le système de labellisation classique”, explique Julien Frayssignes. Spécialisé dans ce domaine, il fait partie de la chaire de recherche In’FAAQT – portée par trois écoles d’ingénieurs agricoles et agronomes (Toulouse INP-ENSAT, l’EI-Purpan et l’Institut Agro), et l’Institut régional de la qualité agroalimentaire d’Occitanie (Irqualim) – dédiée aux démarches de qualification des produits agro-alimentaires mobilisant l’amont des filières.

Ensemble, les chercheurs de la chaire ont construit, en 2020-2021, un programme de recherche en six axes1. Un certain nombre de travaux ont commencé à délivrer des résultats, notamment pour le premier axe ‘Périmètre et caractérisation des démarches de qualification’. “La jungle des labels, c’est une réalité en France. Les consommateurs sont perdus, mais les opérateurs aussi. Le foisonnement est impressionnant”, reprend le chercheur.

Plusieurs constats ressortent : “On s’aperçoit que les nouvelles démarches sont d’abord sur le végétal. Ensuite, on a la progression de la HVE [Haute valeur environnementale, ndlr], qui a connu une forte expansion ces trois dernières années et vient aujourd’hui très clairement questionner le bio”. HVE, Agri-confiance, Bleu Blanc Cœur, Demain la terre, Zéro résidu de pesticide, Aquaponie, Agri éthique, Vergers écoresponsables, PME+… Ils sont si nombreux qu’il serait trop long d’en faire une liste exhaustive.

“De plus en plus d’ONG sortent des études, mais les comparaisons sont peu concluantes. Nous, nous nous basons plutôt sur la profondeur du cahier des charges, c’est-à-dire le positionnement, le type de gouvernance, quelles articulations entre tous ces labels etc.”, liste Julien Frayssignes. Les SIQO sont-ils voués à disparaître?? Il reste convaincu que non, mais la transition réside surtout dans la réponse aux nouvelles attentes des consommateurs.

L’AOP en oléiculture, “un choix de filière

Pour raccrocher le sujet à l’AOP Huile d’olive de Provence, Marie Guittard souligne “le choix de la filière, qui a été de n’avoir que des huiles d’olive en AOP. Vous avez le mérite de l’unicité et de la simplicité”. Pour elle, la typicité se base sur une démarche d’offre : “Ça plaît ou ça ne plaît pas. Il n’y a pas de garantie d’une qualité supérieure, mais celle d’un produit typique, et ça correspond à une attente sociétale de réassurance quant à l’origine des produits”.

Mais l’AOP n’est cependant pas suffisante pour répondre aux consommateurs. “Il y a une demande de respect de l’environnement, de prise en compte du dérèglement climatique, de la nécessaire transition écologique et énergétique… Même si c’est mal formulé, volatile et parfois éloigné du mode de vie des personnes qui invoquent de nouvelles façons de produire et consommer, on ne peut pas fermer les yeux”, dénote-t-elle.

Il faudrait donc tout d’abord à l’avenir miser sur la durabilité, tout en gardant la fameuse typicité en ligne de mire. “L’huile d’olive a des points forts bien installés : un produit végétal exclusivement destiné à la consommation humaine, et plébiscité pour son atout ‘santé’, avec une production rare en France, puisque les huiles AOP représentent 2,5 % de la consommation, 0,5 % pour l’AOP Provence. Et n’y a pas trop de problème de consentement à payer”, énumère la directrice. Puis, s’améliorer : irrigation, réduction des émissions de carbone, professionnalisation et surtout conservation du territoire : “Avec la viticulture, les oliviers sont souvent le dernier rempart contre le ‘rien du tout’”.

Pour l’irrigation – Bénédicte Martin, vice-présidente de la Région Sud en charge de l’agriculture – rappelle d’ailleurs qu’il a été décidé de passer à la vitesse supérieure : “Ce n’est pas qu’on a gagné au loto, mais plutôt qu’on fait les choix nécessaires à notre avenir”.

Peu d’espoirs pour  la prochaine récolte

“2021 était une année assez exceptionnelle qui vient contrebalancer la précédente, mais aussi celle qui arrive”, explique Stéphanie Delaye, animatrice du syndicat. Pour 2021-2022, 286 576 litres étaient effectivement revendiqués en AOP Provence, soit 262 tonnes d’huile d’olive. Olivier Nasles confirme : les résultats sont bons avec un bon équilibre, “mais 2022 va nous ‘casser les pattes’. Si on arrive à faire
3 000 tonnes d’huile d’olive en France, ce sera déjà bien. D’habitude, on a des bassins qui se portent mieux que d’autres. Mais là, c’est le même son de cloche partout”
.

Le syndicat provençal peut toutefois se targuer d’avoir réussi à stabiliser le nombre de producteurs, surfaces et moulins identifiés en AOP. “Pour progresser, c’est maintenant aux coopératives de pousser les coopérateurs, afin de leur faire comprendre que ça ne leur coûtera pas plus cher”, rappelle Olivier Roux. Sans doute l’oléiculteur varois aura-t-il de quoi s’occuper dès sa première campagne en tant que président?!


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