AOC Luberon : l’appellation labellisée 'Vignobles & découvertes'

Publié le 23 mai 2022

Joël Bouscarle et Nathalie Archaimbault, respectivement président et directrice de l’appellation Luberon. (© ML)

Les débats sont souvent exaltés dans le Luberon, mais les vignerons veillent toujours à ne pas partir fâchés. Preuve par l’exemple avec cette nouvelle assemblée générale début avril à Lourmarin. Soucieux de la performance du vignoble et du changement climatique, ils développent charte et labels pour protéger leur terroir chéri.

Avec une campagne 2020-2021 faisant partie des trois plus grosses récoltes de ces dix dernières années, en atteste le point économique dressé par Inter Rhône, tout aurait pu sembler si simple pour l’AOC Luberon, qui se réunissait en assemblée générale le 7 avril dernier. Effectivement, la production nette est de 160 630 hectolitres pour 3 330 hectares de superficie revendiquée, avec une répartition à 59% pour le rosé, 23% pour le rouge, et 18% pour le blanc. Pourtant, les chiffres de ventes ne sont pas aussi satisfaisant qu’attendus. "Côté couleur, le rosé vient plomber un peu plus avec -14% cette année, et les augmentations pour le rouge et le blanc, sans revenir aux niveaux d’avant pour autant, ne parviennent pas à compenser", explique Sébastien Lacroix, l’intervenant de l’interprofession, ce que confirme Joël Bouscarle, président de l’appellation : "Les restrictions Covid ont, une nouvelle fois, sévèrement impacté le réseau CHR (Café-hôtel-restaurant, ndlr) et l’été, météorologiquement mauvais, n'q pas poussé à la consommation de rosé. À côté de cela, nous avons eu la récolte pléthorique de 2020".

La campagne en cours semble, en revanche, plutôt équilibrée : "Il faut surtout noter le très bon résultat en février alors que, globalement, les Côtes du Rhône était en difficulté". Les stocks sont, quant à eux, en baisse de 7 000 hl depuis le début de la campagne, en lien avec la décision de baisser le rendement l’année passée1. À l’époque, le débat avait été houleux. Un consensus a toutefois été trouvé, avec un maintien à 60 hl /ha pour le blanc et une baisse à 48 hl /ha pour le rouge et le rosé. "Aujourd’hui, nos stocks sont normaux. Nous avons tenu la valeur de l’appellation." L’espérance de voir le rendement ré augmenter est grande, mais le président refuse de donner de faux espoirs : "Ce qu’on voit, c’est qu’on a assainit les stocks. Alors, descendre en dessous de 48% non. Mais remonter à 55%, vu le contexte, ça me parait compliqué". En gardant en tête qu’une augmentation des volumes engendre souvent une baisse des prix, il admet cependant qu’il y a "peut-être quelque chose entre deux".

La récolte de la campagne en cours est, elle, "marquée par la gelée d’avril. Les précoces et grenaches ont souffert, mais tous ont globalement été impactés", déclare lucidement Joël Bouscarle. Presque 128 000 hl ont été rentrés, soit une baisse d’environ 20%, alors que les surfaces ont sensiblement augmenté. Les attentes restent bonnes, avec "des profils aromatiques et gustatifs intéressants" et un "plan d’actions bien précis à monter pour l’élevage, afin de stabiliser les aromatiques, maintenir la fraîcheur ou encore le travail des lies", selon Gisèle Elichiry, œnologue consultante à l’ICV.

Si le Covid est, en apparence, sur la fin, la guerre en Ukraine et la hausse du cours des matières premières viennent cette fois perturber le marché : "Beaucoup d’incertitudes pèsent encore sur les campagnes à venir", affirme Joël Bouscarle.

Le caladoc ? À l’INAO, ça ne passe pas

Parmi les incertitudes figurent les questionnements sur la meilleure façon de lutter contre le réchauffement climatique. L’AOC avait, à ce titre, fait une demande à Institut national de l'origine et de la qualité (INAO) afin d’intégrer le cépage caladoc dans le cahier des charges de l’appellation, grâce à une procédure rapide. Mais celle-ci a été refusée. "L’intégration se fera sur dix ans, progressivement, mais dans les rails et accompagnée par l’Institut Rhodanien", explique Joël Bouscarle. L’annonce fait quelques remous : "Encore une fois, l’INAO met des bâtons dans les roues, et l'on va devoir attendre 20 ans pour intégrer 5%, puis 10 et ainsi de suite". "On en arrive à nous demander s’il faut continuer les appellations, les IGP sont moins compliquées et donnent une meilleure réponse à la demande des consommateurs"… Les Luberonnais sont mécontents et le font savoir, obligeant le président à expliquer la décision : "Cette procédure accélérée n’existe pas en moins de dix ans. Il y a deux possibilités : dix ans d’expérimentation, mais pas de revendication ; ou dix ans d’expérimentation, mais avec une revendication progressive et intégrale d’ici dix ans, si ça s’avère concluant. Le caladoc rentrerait alors comme cépage secondaire". En attendant, le retour de vieux cépages tels que la clairette ou encore le mourvèdre, "qu’on avait laissé de côté pour des raisons de maturité à l’époque", semble être attendu sur le territoire.

L’irrigation anime également le débat autour de l’institut. "C’est dans les tuyaux", affirme Joël Bouscarle. L’autorisation d’irrigation jusqu’à [eG1] la date du 15 août ? "Ça ne peut plus rester comme ça", s’indigne un des vignerons. Le verrou n’est que législatif, mais les réfractaires ont la peau dure : "On pousse, mais ce n’est pas simple", répond le président.

L’AOC Luberon ne patiente cependant pas les bras croisés. Grâce à un financement Leader, elle participe dorénavant à un projet de coopération internationale, avec les groupes d’actions locales grecs et italiens, autour du réchauffement climatique et de la performance énergétique des exploitations. "Outre le volet commun du projet, le volet local nous permettra d’avoir des données sur les impacts du réchauffement climatique et des pistes prospectives", affirme Nathalie Archaimbault, directrice de l’AOC.

Nouvelle charte, nouveau label

Un travail sur une charte environnementale, également annoncée l’année passée, est dorénavant lancé. Mireille Thaon, ingénieure pour l’agence de paysage 'TeM', à La Ciotat, a ainsi pu se présenter : "Vous rencontrer aujourd’hui est l’occasion d’une première présentation. On a désormais de plus en plus d’exemples de chartes qui viennent concrètement caractériser vos paysages ou encore établir des liens". Le travail sera collectif ou ne sera pas, avec des nombreuses rencontres à prévoir et des partenariats à monter, avec le Parc naturel régional du Luberon par exemple.

En ce printemps 2022, "un mélange de visites sur le terrain et d'établissement d’une bibliographie devrait permettre de commencer à rédiger des portraits paysagers, tout en continuant de récupérer des données générées par le passage d’un questionnaire envoyé aux vignerons de l’appellation", explique-t-elle. Début juillet, les vignerons devraient, à nouveau, se retrouver pour partager les résultats avant d’enchaîner sur divers ateliers, dès septembre. "Notre objectif est d’embarquer le plus de monde possible autour de nous pour ce projet : le parc Luberon-Lure, les communes, vous…"

À cette charte s’ajoutent les efforts faits par 'Destination Luberon cœur de Provence'. "Depuis 2017, nous avons mené une réflexion sur l’organisation de l’œnotourisme sur notre territoire. Nous avons lancé les 'Sunsets vignerons', et en 2021 une petite trentaine de domaines y a participé", dévoile Franck Delahaye, directeur de l’office de tourisme. Fier de la réussite de cette opération – par ailleurs reconduite du 21 juin au 15 septembre –, il l’est encore plus de l’obtention de label 'Vignobles & découvertes', annoncée le 14 mars dernier : "Ce label, c’est environ cent partenaires, une trentaine de domaines, des restaurants… Un spectre qui s’élargira bien évidemment au fur et à mesure". Une fierté pour l’appellation également. "Nous avons la chance d’avoir des touristes qui viennent naturellement ici. Il faut savoir mieux les capter et c’est l’objectif de ce label. Avec le vin que les gens ramènent avec eux, ils emportent également des souvenirs du Luberon", affirme Joël Bouscarle.

Les actions de promotion du vignoble se poursuivent, elles aussi. Si l’année précédente a été marquée par plusieurs événements virtuels et la reprise de quelques-uns, en présentiel, 2022 devrait être dynamique et, avec le développement de l’attractivité, vient le renforcement d’une identité et d’une notoriété grandissante. "Nous poursuivrons notre partenariat avec 'The Buyer' avec une tournée de l’appellation à Londres", expose Nathalie Archaimbault, directrice de l’AOC Luberon, en guise d’exemple. Une master class sur les vins blancs du Luberon au salon Découvertes en Vallée du Rhône a permis de "communiquer sur la diversification déjà bien marquée chez nous". Et la première édition du 'Luberon wine tour' aura lieu à Apt, le 17 juin. Le Luberon et ses vins ont bel et bien pris la vague, et nul doute qu’ils devraient continuer de la surfer encore de nombreuses années.

Manon Lallemand


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