AOC Luberon : Équilibrer les couleurs et miser sur la biodiversité

Publié le 26 juillet 2021

Les adhérents du Syndicat des vins du Luberon étaient nombreux au rendez-vous, fin juin, au Château Turcan. (© ML)

Le mois dernier, le Syndicat des vignerons de l’AOC Luberon convoquait ses 90 délégués pour une assemblée générale au Château Turcan. Avec des années 2020 marquées par le Covid et 2021 par le gel, les vins du Luberon ne perdent toutefois pas leurs objectifs de vue et misent sur une valorisation de leur image.

La progression continue pour les vins du Luberon. Moins populaire que ses voisines de la Vallée du Rhône, l’AOC ne faiblit pas et réalise, en 2020, sa plus grosse production de ces trois dernières années. Avec une superficie pourtant légèrement restreinte, le rendement net moyen à l’hectare est effectivement de 48,23 hectolitres, contre 45,46 hl/ha en 2019, soit une production nette de 160 630 hl pour la saison 2020.

Au fil des années, la part de chaque couleur a eu tendance à s’équilibrer, tout en gardant une prédominance pour le rosé qui culmine à 59 % de la production. Le bio continue lui aussi sa démocratisation, avec un passage de 14 % à 16 % des volumes en 2020, soit 19 % des surfaces. Sébastien Lacroix, responsable de l’observatoire économique d’Inter Rhône, explique l’évolution des sorties de chais : "Actuellement, nous sommes à +4 % sur 10 mois ; mais seul le rosé a progressé de 3 % sur les marchés". D’après ses conclusions, la bouteille a plus souffert que le vrac. La faute au Covid qui a particulièrement impacté le circuit des cavistes-hôtels-restaurants, avec les confinements successifs. Cela n’a cependant pas empêché les vins du Luberon de bien s’en sortir et de terminer la campagne sur un compte de résultat positif, "comme toujours depuis dix ans", se félicite Joël Bouscarle, président du syndicat. Un résultat à 10 738 € qui encaisse tout de même une chute de presque 8 000 €. "En termes de volumes de ventes, nous sommes en train de retrouver le niveau pré-Covid", affirme Sébastien Lacroix. Toutefois, tout le monde en est conscient : avec une traînée en longueur de la pandémie de Covid-19 et le conséquent gel d’avril, le millésime 2021 ne sera pas au plus haut de sa production…

Un stock de rosé trop important

Un problème de quantité subsiste pourtant. Depuis 2016, la part de rosé de l’appellation est en hausse constante, comptant à ce jour pour 59 % de la production totale. Si ces vins plaisent autant aux consommateurs, c’est qu’ils sont "agréables et frais, de qualité homogène", explique Gisèle Elichiry, consultante œnologue d’ICV pour l’AOC. Bien que les ventes reprennent, les stocks de rosé restent trop importants. "On produit 94 000 hectolitres de rosé, alors qu’on n’en vend environ 84 000 hectolitres, ce qui est plus ou moins équivalent à la situation de 2019", souligne Joël Bouscarle. Une situation qui n’est donc pas due à l’année Covid passée et qui tend à devenir une caractéristique structurelle.

Les quelque 20 000 hl en stock cristallisent les discussions. Que faire de tout ce vin ? "J’appelle à la raison par rapport à votre production de septembre et la gestion de vos invendus", poursuit le président du syndicat. Il sera particulièrement nécessaire de se pencher sur le sujet d’ici la fin de l’été. Tous s’inquiètent en effet du cours de la production. Brader les stocks serait risqué pour l’appellation, qui pourrait en souffrir longtemps.

"C’est une problématique qu’il nous faudra évoquer au prochain conseil d’administration. Il est important de faire attention à ce stock que nous portons, et qui ne doit pas ternir les efforts que nous avons faits jusqu’ici", insiste le président. Dans l’assemblée, chacun y va de son expertise : il faut réduire la production pour tout le monde ; il faut imposer une limite ; il faut que chacun se régule de lui-même... Le désaccord sur la stratégie à adopter n’a pas trouvé sa solution et réclamera de plus longues discussions à tête reposée, tout comme la législation sur la flavescence dorée que certains voudraient voir harmonisée, ou le label Haute valeur environnemental (HVE), insuffisamment mis en avant selon les vignerons.

Valoriser l’image des vins du Luberon

Avec l’absence d’événementiel en 2020, en dehors de quelques animations au courant de l’été, la communication s’est trouvée quelque peu amoindrie. En 2021, il devient ainsi primordial de développer l’attractivité du Luberon et de renforcer son identité. Pour cela, un nouveau logo a été créé. Il met en avant les trois couleurs. "Nous sommes la seule appellation à vendre les trois couleurs de manière significative", s’enthousiasme Nathalie Archaimbault, directrice de communication du syndicat. Le slogan, ‘Au rythme des couleurs’, qui l’accompagne souligne d’ailleurs son propos. Cette nouvelle année est aussi idéale pour continuer à se déployer sur les réseaux sociaux. L’AOC a ainsi choisi de booster sa présence sur Instagram. Les événements sont quant à eux nombreux dans les cartons, notamment avec plusieurs projets virtuels pour valoriser l’export : l’édition virtuelle du salon London Wine Fair, ou une table ronde en ligne avec 'The buyer' par exemple.

Particulièrement dans l’air du temps également : se mobiliser pour protéger l’environnement. L’AOC Luberon a ainsi profité de son assemblée générale pour renouveler ses engagements auprès du territoire, et a annoncé l’amorce des échanges dans l’objectif d’élaborer une charte paysagère et environnementale. L’idée est de favoriser la biodiversité, mobiliser autour de la valeur des paysages, anticiper le changement climatique et mieux communiquer avec les parties prenantes (habitants, associations etc.). Coupant court à d’éventuelles remarques, Nathalie Archaimbault reprécise : "C’est le syndicat qui s’en occupe, pas le Parc naturel régional du Luberon", bien que l’AOC continue de s’engager dans la redéfinition de la charte de celui-ci qui est bien un projet tout à fait différent.

"Il faut remettre l’AOC au centre du territoire", affirme Joël Bouscarle. Un gros projet liant territoire et terroir est d’ailleurs en préparation pour le printemps 2022 : la 1ère édition du 'Luberon en tous sens'. Repoussé d’une année encore, l’événement permettra des visites de vergers avec 300 à 450 visiteurs à chaque fois. "Nous aurons besoin d’environ 45 exploitations participantes. C’est un événement important qui nécessite la mobilisation de tous", poursuit le président. Appel entendu pour les participants du jour qui se sont ensuite retrouvés autour d’un verre de l’amitié, sous le signe du dynamisme et de la solidarité.

Manon Lallemand


Après l'effort, le réconfort ! L’assemblée générale était également un prétexte pour se retrouver après une année Covid difficile. (© ML)

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