Alcyon : un quart de siècle pour tracer l'avenir

Publié le 04 octobre 2021

"Ce qui nous anime, c’est trouver encore et toujours de nouvelles solutions pour la valorisation des déchets, en ayant un bilan carbone très bas", explique Yvon Coq, fondateur d'Alcyon, en compagnie de sa fille, Cindy, à l'occasion du 25e anniversair

Un quart de siècle, ce n’est pas rien ! Pour fêter l’évènement, Yvon Coq, créateur en 1996 du Centre de valorisation Alcyon, et sa fille, Cindy, qui l’a rejoint en 2005, ont reçu de nombreuses personnalités sous un chapiteau blanc installé au cœur du site bollénois, vendredi 10 septembre.

"C’est un peu comme Obélix, je suis tombée toute petite dans le bain d’Alcyon !"confesse Cindy Coq, directrice d’exploitation d'Alcyon, en accueillant les participants, à l'occasion du 25e anniversaire de la première plateforme de compostage de déchets verts de la région, Alcyon, le 10 septembre dernier. "Avec mon père, nous apportons des solutions pérennes innovantes, dans une logique de co-développement durable et de proximité, le tout dans le respect de la transition énergétique", souligne-t-elle sous le regard approbateur d'Yvon Coq.

Or, à l'époque, le choix du recyclage et de l'écologie n'était pas autant dans l'air du temps. "C'est vrai que, quand on a commencé il y avait une, voire deux personnes, sur le site, qui ne comptait alors que 3 500 m² de surface", se souvient Yvon Coq. Aujourd'hui, l'entreprise est installée sur quatre hectares. "Dès 1990, alors exploitant agricole en polyculture, je souhaitais apporter de la matière saine dans les sols, et limiter l’utilisation de fertilisants chimiques. Le compostage m’est apparu comme la seule solution, combinant le traitement des déchets verts et la production d’un amendement directement utilisé dans les champs", poursuit-il. C’est ainsi que le centre de valorisation Alcyon a vu le jour, en 1996. Aujourd'hui, l'activité est assurée par une équipe de vingt personnes et notamment deux ponts-bascules pour absorber les arrivages conséquents. "Tout confondu, nous devons traiter environ 100 000 tonnes de déchets verts par an, dans un rayon de 40 kilomètres, et fabriquons 22 000 tonnes de compost. Notre chiffre d'affaires est de 3,3 millions d'euros. Ce qui fait que nous sommes sur la région la plus importante plateforme de valorisation pour le compost de déchets verts et le bois énergie.

Parler d'avenir

Si Cindy et Yvon Coq ont souhaité marquer le coup pour ce quart de siècle, c'est aussi d'une part, pour parler d'avenir et du projet qui les a mobilisés ces derniers mois, celui de la création d'une unité de méthanisation, à Piolenc ; d'autre part, pour réunir les acteurs du territoire autour de la problématique de la valorisation des déchets du territoire. C'est dans cette optique qu'une table ronde était organisée, accueillant le président de la Chambre régionale d’agriculture, André Bernard – qui a suivi de près le projet de méthanisation porté par Alcyon1 – mais aussi Bernard Vigne, coordinateur du pôle 'Économie circulaire et déchets' de l'Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe), Virginie Lesueur, ingénieur d’affaires biométhane, Alexia Hebraud, coordinatrice de projets au Geres, et Philippe Lorthios, agronome.

Alors que le Plan de relance fait la part belle à l'accélération du développement des gaz verts, comme le rappelait Bernard Vigne, Virginie Lesueur a pour sa part rappelé les utilisations rendues possibles grâce au biométhane, utilisé "comme le gaz naturel pour faire cuire un steak ou faire rouler une voiture". Mais très vite, Virginie Lesueur a souligné les différences à pointer entre le biométhane et le compost, deux matières : "Le digestat, résidu du processus de méthanisation, ne doit pas être confondu avec le compost. Mais il peut être co-composté avec d’autres déchets et ensuite épandu sur les terres" rappelait-elle.

Comme souvent avec les projets énergies vertes, la concertation est de mise. "Dans la mise en œuvre d'un projet, comme l'implantation d'une unité de méthanisation, il faut du temps. Du temps pour qu'il soit accompagné et validé par les acteurs du territoire. Du temps pour réaliser les études de faisabilité. Du temps aussi pour expliquer aux habitants les tenants et aboutissants du projet, mais aussi pour qu'une concertation citoyenne se mette en place, le tout dans le respect de la législation. Il est en effet important d'obtenir l'aval des acteurs qui vivent sur ces territoires, afin de leur en faire comprendre toute l'utilité", rappelait Philippe Lorthios.

Trouver des solutions modernes

Justement, Anthony Zilio, maire de Bollène et conseiller départemental, n'a pas manqué de saluer le chemin parcouru par l'entreprise, et son utilité pour le territoire : "Il y a trois décennies, alors que l’agriculture intensive et l'utilisation d’intrants chimiques appauvrissaient les sols, il en fallait de l’imagination et de la ressource pour créer Alcyon. Les mots d'économie circulaire n’étaient sans doute pas encore à la mode, mais c’est pourtant bien de cela dont on parle aujourd'hui : trouver des solutions modernes pour traiter et valoriser des déchets organiques existants, tout en apportant une solution aux agriculteurs pour l'enrichissement de leurs terres".

De son côté, l'État n'est pas insensible à ce qui se passe sur le territoire bollénois, comme l'expliquait Didier François, sous-préfet de Carpentras. Le représentant de l'État a logiquement pointé du doigt les difficultés à porter aujourd'hui des projets sur le traitement des déchets verts et autres installations d'énergies renouvelables : "En général, les habitants saluent l'initiative, à l'image des projets éoliens, toujours bien… mais surtout lorsqu'ils sont loin de chez eux. De même, pour les panneaux photovoltaïques, avec les zones inondables ou encore les zones boisées, c’est compliqué. C’est pourquoi Alcyon et le projet de territoire défendu depuis 25 ans, sans compter les projets à venir de l'entreprise, sont intéressants : on vient ici proposer des solutions de transformation durable de déchets pour les transformer en amendements ou énergies propres".

Francis Pabst, CLP

(1) Lire notre édition du 2 juillet 2021, page 10.


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