Ail : Pour ne plus dire « aïe » !

Publié le 21 octobre 2019

L’engin est sobre et modulaire. Trois types de postes de travail sont proposés : lits de désherbage, sièges rotatifs pour travailler entre les rangs, et sièges suspendus au-dessus du rang.

La récolte d’ail est mécanisée. La plantation d’ail frais reste en revanche manuelle. Pour réduire la pénibilité de cette tâche, André Bernard a proposé aux producteurs d’ail de Piolenc de tester le robot enjambeur Ponchon. Électrique et modulable, il pourrait aussi pérenniser la main d’œuvre sur l’exploitation et améliorer la productivité.

« Si on peut réduire la pénibilité du travail de plantation de l’ail, ce sera bien » reconnait André Bernard, producteur d’ail et président de la Chambre d’agriculture Paca. Après avoir découvert cette innovation primée au salon Tech&Bio en septembre, il a invité le concepteur à venir faire une démonstration sur une de ses parcelles. Ce 10 octobre, tous les producteurs de la future AOP Ail de Piolenc sont venus observer, tester l’engin et questionner le fabricant.

Pour obtenir un ail frais de qualité, il faut le planter avec la pointe vers le haut. Cela permet une pousse puis une récolte homogène, et précoce. Aucune machine n’est capable de planter ainsi. Ce travail reste donc manuel. Or, il est éprouvant. « Et il faut au minimum 100 heures par hectare avec une équipe habituée, qui tient un bon rythme » précise Sylvain Bernard, producteur d’ail. C’est donc aussi le plus gros poste de main d’œuvre. Voilà pourquoi l’enjambeur Ponchon a tant d’attrait.

« Nous apportons des sièges ou des lits, de l’ombre, le silence ou de la musique » résume Fabien Milachon, le concepteur. Ce roboticien de l’Yonne a développé le premier prototype en mars 2018 pour un important maraîcher bio local. Aujourd’hui, il propose un enjambeur entièrement électrique, dont la simplicité de la structure offre des possibilités d’adaptation aux demandes de ses clients. L’engin est sobre et modulaire. Trois types de postes de travail sont proposés : lits de désherbage, sièges rotatifs pour travailler entre les rangs, et sièges suspendus au-dessus du rang. Un levage trois points catégorie 2, à l’arrière, permet d’ajouter une bineuse par exemple. En option : un GPS RTK et un bras robotisé. Conçu pour aller à très faible vitesse, il peut atteindre 12 km/h, ce qui permet d’aller d’un champ à l’autre sans l’aide du tracteur.

Pérenniser la main d’œuvre.

En un passage, trois rangs peuvent être traités. L’engin peut accueillir quatre personnes en même temps, et 400 à 500 kg de charge. « Nos utilisateurs l’emploient 6 heures par jour et développent de nouvelles façons de s’en servir. ‘Il faut bien une année pour se rendre compte des potentialités’ nous disent-ils », rapporte Fabien Milachon. Mieux, les utilisateurs en profitent pour développer de nouvelles techniques de plantation, destinées à réduire la fatigue et augmenter la productivité. Surtout, ils constatent que leurs employés sont moins fatigués sur la semaine, et vont même mieux travailler à l’échelle de la saison. « Ça pourrait permettre de pérenniser la main-d’œuvre » constate, très intéressé, Stéphane Massonet, président des producteurs de l’ail de Piolenc. En maraîchage, Ponchon permet de diviser par deux le temps de ramassage, d’après les observations du constructeur. Il peut être utilisé aussi en pépinière arboricole ou viticole.

Améliorer à la fois ergonomie et productivité est un double objectif possible. André Bernard l’avait expérimenté en œuvrant à la mise au point d’une machine pour récolter les melons dans les années 1990. Toujours à l’affût de techniques innovantes, il aime les tester sur son exploitation et en faire profiter d’autres producteurs : paillage en plastique biodégradable, essais de couverts végétaux… Alors, là, il a vite repéré le potentiel de cet engin.

« Ça me paraît intéressant pour le confort d’utilisation, pour la productivité » reconnaît en effet Benjamin Favalier, l’un des producteurs présent, après avoir testé Ponchon. La surface de la production d’ail de Piolenc représente une quarantaine d’hectares. Et l’obtention de l’AOP devrait aboutir dans deux ans et permettre une plus-value. Autant de paramètres qui encouragent à investir.

Cécile Poulain


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