Ail : planter couché, bientôt une réalité ?

Publié le 06 décembre 2021

Une fois les assises réglées pour chaque opérateur, la démonstration s’est poursuivie avec le cobot Toutilo, développé par Touti Terre. (© ML)

Mi-octobre, les producteurs d’ail de Piolenc et la Chambre d’agriculture de Vaucluse organisaient ensemble une après-midi démonstration. Elatec et Touti Terre présentaient leurs machines d’assistance à la plantation, au semis et au désherbage sur lesquelles l’utilisateur est allongé. Simple curiosité ou avenir du métier ? À vous de décider !

Réunis à Uchaux, sur l’exploitation de la famille Bernard, 'Le Panier de la Comtesse', producteurs d’ail, équipes de la Chambre d’agriculture du département et jeunes de la Maison familiale et rurale de Bollène ont répondu présents à l’invitation. Pour André Bernard, président de la Chambre régionale d’agriculture, "tout ce qui peut être fait en faveur de la réduction de la pénibilité et de la réduction des intrants dans la région est bienvenu". Ainsi tenait-il à recevoir deux entreprises françaises spécialisées dans la conception de machines d’assistance.

Bien qu’adaptées à plusieurs types de culture en maraîchage, Elatec et Touti Terre étaient, cet après-midi, appelées spécialement à présenter leurs machines aux producteurs d’ail. Toutes deux présentes sur le salon Tech&Bio, elles avaient interpellé le public pour la position que prend l’utilisateur : allongé à plat ventre. "La position peut paraître particulière, mais à mon avis, on n’est pas moins bien qu’à quatre pattes", glisse le président avant de laisser la place aux entreprises en question.

25 à 30% de temps gagné

Le chariot électrique d’assistance aux travaux manuels d’Elatec en est à sa 8e version. La société a décidé de travailler en partenariat fort avec les producteurs eux-mêmes, afin d’obtenir de nombreux retours de la part des principaux concernés. La visite à Uchaux du 12 octobre n’a pas fait exception. "À l’origine, la machine a été pensée pour le désherbage à la main. Mais nous avons très vite compris l’utilité qu’elle pouvait avoir pour le semis de précision et la récolte. C’est pour cette raison qu’elle est aujourd’hui évolutive et adaptable aux différentes utilisations que vous pourriez en faire", explique la commerciale. Avec une motorisation 24 V et une batterie lithium haute performance, son autonomie est estimée à une journée de travail. Dans les configurations exposées pour la démonstration, le chariot Elatec est équipé de deux postes de travail – il peut être élargi et accueillir jusqu’à quatre d’ouvriers agricoles –, une bâche de protection au soleil, ou encore un porte-caisses avant réglable en hauteur. Total des frais ? En l’état, environ 11 000 €. Sans option, comptez plutôt 8 400 € HT.

Son concurrent – le cobot1 enjambeur Toutilo, développé par Touti Terre – avoisine lui les 20 000 €. L'un comme l'autre permettent surtout de "libérer 25 à 30 % du temps" selon les opérations, permettant ainsi un "investissement qui s’amortit en moins de trois ans". Touti Terre, originaire de Haute-Savoie, propose une plateforme polyvalente, à la foi porte-outils et porte-personnes, avec les mêmes usages que la machine d’assistance d’Elatec. "Nous avons remarqué que les petites entreprises avaient besoin de pouvoir utiliser la même machine pour plusieurs tâches. Sur la nôtre, vous pouvez également positionner des semoirs", explique le représentant aux producteurs. Lui aussi réfléchi pour une meilleure ergonomie du travail, son assise est reconfigurable en position assise ou semi-allongée. Touti Terre s’est ainsi appuyé sur l’expertise des services à la prévention de la santé de la MSA et d’un bureau d’ergonomie "pour proposer une solution adaptée aux différentes configurations agricoles". Pouvant accueillir d’une à quatre personnes, permettant de travailler lui aussi sur plusieurs rangs en même temps, l'outil est configurable selon le besoin de chaque exploitation, tant pour la largeur de l’entraxe que la hauteur de la structure.

Aussitôt exposées, aussitôt testées

Vu de l’extérieur, les deux propositions semblent similaires, bien que la planche servant à s’allonger ne soit pas tout à fait pensée de la même façon (globalement plus de réglages possibles sur le Toutilo) et que la commande ne soit pas située au même endroit. Alors que le fort mistral dissipe rapidement les paroles des deux représentants, les producteurs et jeunes de la MFR se prêtent vite au jeu. En effet, quoi de mieux pour se faire une idée que de tester ?

À ras du sol, on s’allonge d’abord sur l’Elatec et c’est parti pour un essai de plantation. Pour la vitesse (de 0 à 1 km/h, contre 50 m/h à 2 km/h pour Toutilo), tout semble aller pour le mieux. Mais pour le guidage, c’est une autre paire de manches. Les bras croisés, la famille Massonnet observe attentivement. "La mécanisation, on va devoir y venir, mais vous vous voyez, vous, toute la journée allongé comme ça ? Les machines, on a essayé, mais on revient à la main à chaque fois", commente l’un d’entre eux. "Le poste de guidage avec la plantation en simultanée, ça a l’air ingérable", assène un autre producteur à proximité. Mais le scepticisme ne concerne pas que le chariot Elatec.

Le cobot Toutilo aussi fait face aux critiques. "Celui-ci semblait un peu plus confortable avec ses réglages supplémentaires, mais finalement je préfère l’autre. C’est vrai que je trouvais l’Elatec inconfortable avec les bras trop tendus, mais une fois la plateforme rabaissée, c’est bien mieux", confie Sylvain Bernard, gérant du Panier de la Comtesse. Pour l’hôte des lieux, le test devrait toutefois s’effectuer sur une journée entière. "Il faut également penser au fait qu’une fois la personne installée, c’est elle qui reste pour la journée. Sinon, avec tous les réglages à faire, c’est une perte de temps", ajoute-t-il.

En l’état, il estime pour le moment que l’aboutissement des deux propositions n’est pas encore à la hauteur. André Bernard confirme : "Il y a de vraies bonnes pistes pour l’ergonomie des postes de travail. Les évolutions sont à suivre de près". Si les producteurs d’ail de Piolenc vont attendre encore un peu avant de sauter le pas, les robots – plus ou moins automatisés selon les marques et les usages – ont quant à eux bien commencé à conquérir les parcelles.

Manon Lallemand


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