Agrivoltaïsme : Faire du solaire un allié agricole

Publié le 20 juillet 2020

Les serres et persiennes photovoltaïques sont d’abord des outils agricoles, pour protéger les cultures des aléas climatiques, qui représentent chaque année, deux à trois milliards d’euros perdus par la ferme France.

La Chambre d’agriculture de Vaucluse a invité les services administratifs de l’État, et une cinquantaine de partenaires de l’expérimentation et du conseil, pour montrer des exemples réussis de l’utilisation du solaire en agriculture. Le 8 juillet, au GAEC ‘La Comtesse’, à Uchaux, et au domaine expérimental de Piolenc, la visite a apporté des éclairages sur les serres et persiennes agrivoltaïques, alliées de l’adaptation au changement climatique.

Dès 2008, face au boom photovoltaïque, la Chambre d’agriculture de Vaucluse s’est opposée aux centrales solaires au sol sur les terres à potentiel agricole. Et elle opère le tri parmi les projets de serres photovoltaïques. En parallèle, elle soutient les projets solaires sur bâtiments agricoles : hangars, bâtiments d’élevage, caves…

Nombre de constructions photovoltaïques autorisées en terre agricole dans l’Aude, le Gard et les Bouches-du-Rhône n’ont pas servi aux cultures. Pour éviter cela, et dans un contexte de déprise agricole, la Direction départementale des territoires de Vaucluse reste donc prudente, afin de défendre l’intérêt commun. Pour autant, les trois premières installations photovoltaïques en Vaucluse sont des réalisations exemplaires. C’est pourquoi la Chambre d’agriculture a voulu illustrer par cette visite tout l’intérêt de projets agricoles et voltaïques bien menés. Or, le parcours a parfois été ardu, avant d’obtenir un permis de construire. En particulier le GAEC ‘La Comtesse’ à Uchaux, a bataillé des années avant d’accéder au sésame. « Pour l’agriculture de demain, il nous faut être plus rapide », déclare André Bernard, maraîcher et président de la Chambre d’agriculture régionale, soulignant le délai d’obtention du permis. En effet, comme l’instruction des dossiers relève de la mairie, le délai devrait donc être de trois mois.

Anticiper.

De plus, l’objectif régional de production photovoltaïque, au travers de son Sraddet (Schéma régional d’aménagement, de développement rural et d’égalité des territoires), est exigeant : multiplier par dix la puissance installée en photovoltaïsme sur la période 2018-2028 – quand l’objectif national est de la multiplier par cinq – pour atteindre 11,7 GW. Sachant qu’un à deux hectares sont nécessaires pour produire 1 MW, cela revient donc à mobiliser entre 11 000 et 23 000 ha en photovoltaïque.

Ceci induit une nouvelle pression sur le foncier pour développer des centrales au sol. Car cette stratégie régionale considère une partie des terres agricoles comme ‘non rédhibitoires’ pour l’implantation de centrales au sol. « Mieux vaut donc anticiper, avec des projets agricoles associant des partenaires sérieux » estime Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. Pour cela, un fonctionnement tripartite est mis en place, entre le fournisseur de l’installation, l’agriculteur et la Chambre. Celle-ci met en relation l’agriculteur et le constructeur de solution solaire. Elle accompagne le projet, soutient l’obtention du permis de construire, et propose un suivi technico-économique des parcelles concernées.

Par ailleurs, la Chambre a mis en place quatre groupes de travail avec la DDT depuis un an, afin de travailler en concertation étroite sur les dossiers liés à l’urbanisme. Tous les agriculteurs ayant des questions liées à l’urbanisme, sont donc invités à se rapprocher de la Chambre.

Serres et persiennes.

Serres et persiennes photovoltaïques sont d’abord des outils agricoles, pour protéger les cultures des aléas climatiques, qui représentent chaque année, « deux à trois milliards d’euros perdus par la ferme France » déclare André Bernard. « Ici l’objectif est d’utiliser moins d’eau, de réduire la pénibilité du travail et les traitements, car on maîtrise mieux » constate Julien Bernard, un de ses fils, qui observe aussi « un meilleur rendement par rapport au plein champ ».

Ludovic Augier, du GAEC de Séoule, à Saint-Saturnin-les-Apt, est également venu témoigner de sa serre Reden Solar, qui « permet des cultures biologiques diversifiées, autonome en eau, avec un meilleur confort de travail, pour une vente 100% en circuit court ».

Les persiennes font de l’agrivoltaïsme dynamique : pilotées à distance selon les données recueillies, elles s’adaptent aux besoins des cultures. Pour cela, les projets acceptent une moindre production énergétique. C’est le cas au domaine expérimental de Piolenc qui accueille un essai Inrae intéressant sous persiennes Sun’Agri, parmi d’autres essais en cours sur l’adaptation de la vigne au changement climatique. François Bérud, de la Chambre d’agriculture de Vaucluse en a commenté la visite. Michel André, arboriculteur (SARL Saint Félix), a aussi témoigné de son projet de démonstrateur agrivoltaïque dynamique sur verger d’abricotiers, à Cavaillon, avec Sun’Agri.

Bref, selon la Chambre, l’agrivoltaïsme doit développer en priorité : les serres, les persiennes photovoltaïques et les élevages sous panneaux solaires. Le solaire se conçoit comme un service gratuit pour l’agriculteur, dans un objectif durable d’amélioration des cultures. Le matériel est recyclable, et l’impact paysager et hydraulique optimisé. Pour en savoir plus, rendez-vous au salon Med’Agri les 13, 14 et 15 octobre prochains, au parc des expositions d’Avignon, où l’agrivoltaïsme sera présent (lire page 5).

Cécile Poulain


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