Agritourisme : La Ferme Vaucluse a plus d’un tour dans son sac !

Publié le 22 juin 2020

Les agriculteurs proposent d’accueillir les vacanciers avec une offre touristique de qualité, variée et professionnelle.

Les agriculteurs ont traversé le confinement en s’adaptant aux attentes. Ils ont innové en s’appuyant sur des réseaux pour créer des services de proximité. Afin de maintenir les liens créés avec les consommateurs locaux et pour accueillir les vacanciers, ils diversifient leurs activités professionnelles. Et l’agritourisme a de multiples atouts !

Ils nous ont surpris les agriculteurs ! Le 17 mars dernier, le premier ministre Édouard Philippe annonçait le début du confinement et un cortège de mesures impactant directement la commercialisation des produits agricoles. Ainsi, soudainement, ils se retrouvaient privés de débouchés et de main-d’œuvre au moment des récoltes de fraises et d’asperges, avec la nécessité de nourrir la population sans rupture. « Face à cette situation inédite, ils ont fait preuve de réactivité, de solidarité et d’inventivité », constate Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture de Vaucluse, lors d’une conférence de presse au Mas de l’Evajade, à Beaumes-de-Venise, lundi matin.

Habitués à s’adapter, ils ont créé et développé de nouveaux services de proximité. Pour répondre aux attentes des consommateurs locaux en produits frais, les agriculteurs de Vaucluse se sont regroupés, ont multiplié les préparations de commandes, établi de nouveaux points relais, et assuré les livraisons. Tout cela en un temps record, et en plus de leur travail habituel. « Sans compter que nous avions les enfants à la maison ! » témoigne Edwige Toquard, éleveuse de 54 chèvres à Malaucène productrice de fromages et mère de deux enfants en bas âge : « Il fallait être partout, faire la traite, préparer les fromages, répondre aux appels toute la journée et livrer… Heureusement que nous avons été aidés par les municipalités et la Chambre, qui ont géré la communication, car on n’avait pas le temps ! ». Marielle Fabre, élue à la mairie de Châteauneuf-de-Gadagne, engagée à leurs côtés, le confirme : « Ils étaient épuisés ! ».

La cellule de crise de la Chambre d’agriculture de Vaucluse a reçu des appels de détresse au début du confinement, de la part de producteurs écoulant habituellement leurs produits sur les marchés de plein vent. « Il a fallu, dans l’urgence, mettre en contact des agriculteurs indépendants, entre eux, et avec les consommateurs », explique Olivier Gauer, directeur adjoint de la Chambre. Et « la Chambre a été la clé de voûte de cette organisation » souligne Georgia Lambertin. Elle s’est appuyée sur son réseau ‘Bienvenue à la ferme’ (Balf), qui compte 126 adhérents dans le département, et proposera « une réservation en ligne d’ici deux mois », annonce son président André Serri. Les agriculteurs ont également bénéficié du soutien du préfet, car « c’est en Vaucluse qu’a été signé le plus grand nombre de dérogations d’ouverture de marchés » précise Georgia Lambertin.

Le ‘click and collect’, « même organisé de façon artisanale, a rencontré du succès », constate Céline Cardinale, en charge des circuits courts à la Chambre. « Les commandes regroupées, déposées sur des lieux mis à disposition par les communes, ont explosé, avec 100 commandes par soirée ! » Le drive fermier d’En direct de nos fermes a également répondu aux fortes sollicitations : « Nous avons été surpris par ce succès soudain, dépassant nos prévisions ! »  reconnaît Guillaume Sinard, chargé de l’association. Les commandes ont bondi de 30 à 400 en une semaine, en particulier provenant de personnes âgées du centre-ville d’Avignon.

Faire perdurer la vente directe.

Aujourd’hui, il faut à nouveau faire face. « L’après Covid ne fonctionne pas comme on pensait : le consommateur semble revenir à ses habitudes, et il a moins de temps » reconnaît Georgia Lambertin. « Un tiers des consommateurs est resté fidèle, un tiers est reparti s’approvisionner sur les marchés, et le reste est retourné en grande surface, car c’était son fonctionnement. Il nous faut capter ce tiers de nouveaux clients, en créant de nouveaux points de retraits, car ils cherchent l’aspect pratique et confort » conseille Olivier Gauer.

« L’énergie et la solidarité doivent continuer ! », assure Marielle Fabre. D’ailleurs, le marché de Châteauneuf-de-Gadagne a pu rouvrir avec trois fois plus de producteurs que les années passées. Cette solidarité entre Vauclusiens a aussi été observée au travers de la fréquentation de la plateforme ‘lesbonsplansmaintenant.fr’, mise en place par la CCI et la Chambre d’agriculture.

La crise sanitaire a également mis en lumière l’importance des agriculteurs et du lien local et, surtout, leur capacité à s’adapter. Les consommateurs ont joué le jeu et ont apprécié. Mais le tout a été lourd pour les agriculteurs. Désormais, dans l’objectif de faire perdurer les liens créés, de pérenniser les circuits locaux, « nous devons nous inspirer de ce qui a été mis en place à la hâte, et améliorer certains points » estime Olivier Gauer.

Le bouche-à-oreille.

Dans ce nouveau contexte à consolider, le réseau est essentiel. C’est en effet sur les recommandations entre amis et connaissances que les « bons plans » se transmettent. L’agritourisme compte là-dessus. Donc la satisfaction du client est prise très au sérieux. « Nous cherchons chaque année à surprendre et contenter nos clients fidèles » explique Corinne Bernard, vigneronne du Mas l’Evajade, à Beaumes-de-Venise. C’est ainsi qu’elle a installé deux habitats insolites dans ses vignes en tonneau aménagé. Confort et dépaysement garantis ! C’est aussi grâce à la satisfaction de ses habitués locaux que Magali Malavard fait salle comble, toutes les fins de semaine, dans sa ferme-auberge ‘La Maguette’, à Sault. Après une perte de 40 000 € de chiffre d’affaires, liée à la crise sanitaire, elle est donc enthousiaste de rouvrir le 20 juin, et d’accueillir un marché à la ferme le 27 juin.

L’agritourisme est une activité complémentaire mais indispensable au maintien de l’agriculture. De nombreuses activités sont proposées : accompagner le troupeau de chèvres, faire un escape-game à la ferme, ou une rando-méditation… La ferme a plus d’un tour dans son sac ! À l’heure où Français et étrangers réservent leurs vacances, où les frontières ouvrent à nouveau, des producteurs de Vaucluse sont prêts à accueillir en professionnels les vacanciers. Si les hôtes sont authentiques, leurs services hôteliers répondent aux mêmes normes d’hygiène qu’en hôtellerie et restauration. D’ailleurs, « les réservations reprennent ! » se réjouit Corinne Bernard, dont les 15 chambres d’hôtes vont vite retrouver les clients, fidèles depuis 20 ans. Et le plaisir de transmettre est là : « Faire vivre ce domaine reçu de nos grands-parents, partager la joie de notre cadre de vie », voilà qui motive Vanessa Cecchini, dont la ferme équestre de Bouquet, à Beaumes-de-Venise, reprend aussi son activité depuis un mois, et qui prévoit d’embaucher un apprenti.

Cécile Poulain


OPA - Serv. publicsChambre d'agricultureAgritourisme oenotourisme ferme drive agriculteur covid vaucluse marché