78e congrès de la FDSEA 84 : l’emploi toujours au cœur des débats pour la profession agricole

Publié le 07 mars 2022

Syndicats, entreprises de travail temporaire, Pôle emploi, groupement d’employeurs… Les interlocuteurs étaient nombreux pour la table ronde du 78e congrès de la FDSEA. (© ML)

Il était attendu, ce 78e congrès de la FDSEA de Vaucluse. Alors que les années difficiles se succèdent pour les agriculteurs du département – notamment avec le manque de main-d’œuvre et l’accumulation des aléas climatiques – la thématique choisie de l’emploi pour la table ronde n’a étonné personne. Mais elle aura permis d’évoquer à nouveau les orientations à prendre par le syndicat pour aller sereinement vers l’avenir.

"Le respect de toute la nation est mérité après cette crise", déclame d’entrée Xavier Rolin, vice-président du Syndicat des vignerons de Châteauneuf-du-Pape, rappelant un métier indispensable et implorant "les parlementaires à le garder en tête". Certains étaient d'ailleurs bien installés au premier rang, alors que le vigneron lançait le débat sur de la question de l’emploi en agriculture. "Mais il ne devrait pas y avoir de débat. Il y a surtout de grandes questions, notamment sur le recours aux prestations de service", soulignait-il, arguant que le Vaucluse était l'un des départements les plus contrôlés, avec le Var. "Cette idée selon laquelle les salariés peuvent tout faire sur une exploitation, c’est vraiment méconnaître la réalité du terrain", ajoute-t-il. Les sujets sont posés, l’après-midi sera dense dans la salle Dufays de Châteauneuf-du-Pape.

"C’est une satisfaction de voir nos élus. Leur présence montre l’importance de l’agriculture pour le territoire", déclare Sophie Vache, présidente de la FDSEA de Vaucluse. Seule une d’entre eux est toutefois restée jusqu’au bout, ce qui n’est évidemment pas passé inaperçu. "2021 a été une année très compliquée, dans la continuité de 2020, avec les fermetures des frontières extra-européennes. Malgré tout, nous avons maintenu un pont aérien toute l’année, avec plus de 2 000 salariés marocains et tunisiens venus en Vaucluse, salariés sans qui rien n’aurait été possible pour la saison", rappelle Alexis Lefebvre, directeur adjoint du syndicat. Cependant, à ce jour et face au cruel manque d’options, cet échange à la recherche de solutions était le bienvenu.

Un débat chronique aux lentes avancées

Première intervenante de la table, Christelle Barthelemy, responsable du pôle 'Carrières' de l'Association départementale pour l'emploi en agriculture (ADPEA) a pris soin de rappeler les quatre axes de travail de l’association : promouvoir l’agriculture et les métiers, la formation, le volet emploi et recrutement, et enfin l’accompagnement en ressources humaines (RH). Consciente que c’est au niveau des scolaires que l’impact est le plus grand, elle espère que l’ADPEA pourra de nouveau mener plus facilement ses missions sur les salons et forum, et que le projet Tempora pour la formation sera mené à bien. Nathalie Bourlon, directrice territoriale déléguée de Pôle emploi complète : "La réforme du chômage mise en place a un vrai impact sur le travail saisonnier. Il est important de pérenniser les emplois, en accompagnant les demandeurs, en faisant de la formation, en travaillant à l’incitation à aller vers les métiers agricoles".

La création d’un Groupement d’employeurs pour l'insertion et la qualification (GEIQ) permettrait d’avancer dans cette direction et est activement portée par l’association et la FDSEA. Sous forme d’association loi 1901, il permettrait de créer une "collectivité d’entreprises qui se mobilisent pour les salariés. Les RH seraient entièrement déléguées à l’association qui s’occuperait du sourcing, pour permettre aux exploitations de disposer de salariés en contrat d’alternance. Le bénéfice va pour les employeurs qui trouvent de la main-d’œuvre, autant que pour les salariés qui disposent d’un accompagnement dans la formation", détaille Christelle Barthelemy.

D’autres dispositifs existent, mais "il reste un manque de ressources humaines et de flexibilité", ajoute Sophie Vache. Un constat que les Entrepreneurs des territoires (EDT) ne contrediront pas, eux qui sont aux prismes des tensions avec l’inspection du travail concernant les questions de prestations de service et de prêt de main-d’œuvre. Ils réfléchissent quant à eux à "l’établissement d’une charte de bonnes pratiques" pour attester du sérieux des entreprises qui auraient besoin de ce type de prestations, d’après Olivier Augier, président du syndicat EDT Paca. Des discussions vont reprendre prochainement, et le 1er mars marquera "le début d’un travail sur les typologies de tâches agricoles entre l’Agence départementale de développement économique et touristique (Addet) et le lycée de Carpentras", annonce le préfet Bertrand Gaume. Si Jérôme Volle, vice-président de la FNSEA, a à nouveau insisté sur le fait que le secteur agricole n'était pas le seul à cruellement manquer de main-d’œuvre, il ajoute toutefois la nécessité de "faire partie de toutes les démarches", sous peine de sortir des radars. Décrié par certains pour ses limites – notamment le fait que le besoin soit fort au même moment pour toutes les entreprises –, le GEIQ fait toutefois partie des solutions qui pourraient améliorer la solution, d’après lui.

Autre sujet abordé, la question du recours aux travailleurs étrangers via les contrats OFII. "Qu’on se le dise, l’agriculture ne s’en sortira pas sans la main-d’œuvre étrangère, c’est un fait depuis les années 50", affirme Jérôme Volle. Malgré le bon fonctionnement de ce type de contrat en dehors des périodes de crises impliquant des fermetures de frontières, de plus en plus d’agriculteurs se trouvent face à la difficulté à loger leurs saisonniers, toutes nationalités confondues. "Un assouplissement de la loi pour que les agriculteurs puissent rénover leurs granges et les transformer en habitats décents est impératif, tout en encadrant bien sûr la question, pour éviter qu’elles deviennent des gîtes. Cela est nécessaire pour créer une réassurance", insiste la présidente de la FDSEA 84, les bonnes conditions de vie étant intimement liées à de bonnes conditions de travail.

Tous à la recherche de solutions !

Sur cette question du logement et de la réassurance dans les métiers agricoles, un besoin de valoriser le travail et de donner envie ressort des propos. D'ailleurs, ces derniers mois, les partenaires du monde agricole se sont creusé l’esprit pour trouver des solutions, afin de remettre certaines populations au travail. "Avec la crise sanitaire, nous avons expérimenté un dispositif qui permettait de cumuler le RSA – nous avons 18 000 bénéficiaires en Vaucluse –et le salaire perçu dans une exploitation agricole. Nous avons eu 80 contacts pour un total de 50 personnes qui sont venues", déplore Christian Mounier, vice-président du Conseil départemental de Vaucluse en charge de la commission 'agriculture, eau et alimentation'. Le préfet a salué la démarche, bien qu’elle n’ait pas été aussi concluante que prévu.

Seule solution pour Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d’agriculture vauclusienne : donner envie. "Il faut accompagner les exploitations et pérenniser l’emploi. C’est en créant de la valeur et des besoins qu’on créera de l’emploi. C’est avec les nouvelles technologies et une meilleure intégration des salariés dans la prise de décision qu’on attirera la main-d’œuvre. C’est en allant vers l’innovation et la résilience des cultures qu’on accrochera les jeunes. Il faut prendre de la hauteur", assure-t-elle.

Hervé Bonder, dirigeant du réseau d’intérim Infiniteam, et Olivier Pageard, responsable de la région pour Agriteam Rhône Alpes, développent de leur côté la question de l’entreprise de travail temporaire. Isabelle Giordano, directrice de la FDSEA des Bouches-du-Rhône et du groupement d’employeurs Réagir (13), avance l’impact positif du groupement d’employeurs, preuve, selon elle, "que les FDSEA sont capables de se saisir de toutes les options possibles pour aborder le sujet de l’emploi".

Manon Lallemand


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