Vaucluse 17/03/2023
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FDSEA 84

Rien de plus dangereux qu'un agri qui n'a plus rien à perdre

Les années se suivent et se ressemblent dans le milieu agricole, au grand désarroi des acteurs qui gravitent autour et en son sein. Alors que la FDSEA se retrouvait pour un congrès électif, élus et représentants de l'État ont été largement pris à parti : il y a urgence.

Ce 79e congrès était électif et de nouvelles têtes ont fait leur entrée au conseil d'administration, pour dynamiser encore plus les actions du syndicat.

© Crédit photo : ML

C'est reparti pour un tour ! Pour le syndicat, évidemment, mais aussi pour le nouveau conseil d'administration. En effet, le 79e congrès, qui se déroulait jeudi 9 mars dans la salle polyvalente de Montfavet, était électif.

Le conseil d'administration se renouvelle donc, laissant à certains un repos mérité, tandis que d'autres y font leur entrée. "Nous parlions des difficultés à trouver des jeunes. Le résultat de cette élection est la preuve qu'il est encore possible d'en trouver", énonce Sophie Vache, réélue lors du conseil d'administration qui doit désormais se réunir pour élire son bureau. Pour sa part, elle affirme sa volonté de rester mobilisée. "Il est parfois difficile de défendre les agriculteurs quand on en vient à être à court de réponses", a-t-elle avoué. Elle ne s'avère cependant en rien défaitiste, au contraire : elle est même prête à en découdre.

Après un discours rassemblant pêle-mêle eau, Ukraine, inflation et dénonçant la grande démagogie du "y a qu'à, faut qu'on", utilisée à tout va par les politiques, elle souligne la solitude des agriculteurs : '"Depuis que nous avons un ministère de la Souveraineté Alimentaire, nous n'avons jamais été autant ignorés, mis de côté, fragilisés : tout est bon pour servir une idéologie qui a montré ses limites partout dans le monde, sauf chez nous".

Stop aux contraintes, stop aux freins cumulatifs. Pourtant, l'agriculture vauclusienne reste calme. "Trop calme peut-être ? Mais il n'y a pas plus dangereux que des gens qui n'ont plus rien à perdre. Si nous perdons notre fierté à nourrir, notre raison d'être, alors vous gagnerez des incendies, des friches... Un agriculteur, ce n'est pas une plante, s'il s'arrête, il ne repousse pas".

En mobilisation perpétuelle

Contre les difficultés quotidiennes, la FDSEA de Vaucluse s'est bien évidemment mobilisée. Dès le début d'année 2022, les têtes étaient préoccupées par les zones de non-traitement, les difficultés pour faire venir les saisonniers marocains, les hausses du gasoil, des intrants, des énergies...

La mobilisation interdépartementale du 16 février criait déjà l'urgence1. Puis, le printemps est arrivé. "Les années se suivent et ne se ressemblent pas paraît-il. Ce n'est pas le cas en agriculture. Une fois de plus les fruits à noyaux font les frais des gelées", rappelle tristement Bertrand Mille, secrétaire général. La mobilisation s'est faite auprès des représentants de l'État, tant de la préfète, Violaine Démaret, que du directeur départemental des territoires, François Gorieux. 

À côté de cela, la pédagogie se poursuit auprès du grand public : participation à 'Terroir en fête' en juin, retour de la Foire aux agnelles après deux années blanches, opération de stickage dans les grandes surfaces lors des mobilisations ponctuelles, en septembre pour la tomate, puis en décembre pour la pomme... Il faut être sur tous les fronts, pour rester le syndicat clef de l'agriculture, clame la présidente, fière du chemin parcouru malgré tous les sujets requérant encore bien de l'attention.

Mais où est donc la souveraineté ?

Prônée partout, la FDSEA souligne cette souveraineté alimentaire à la fois partout et nulle part. Le syndicat et ses partenaires de luttes s'accordent pour le dire. "Alors que le Salon de l'agriculture a battu des records d'affluence et que le stand de notre département a été très visité, peut-on cependant dire que les Français aiment leurs agriculteurs ? Nous sommes en plein paradoxe, au sein d'une société qui se fragmente. On nous demande très justement de produire mieux et bon, tout en restant les gardiens de la nature", énumère Georgia Lambertin, présidente de la Chambre d'agriculture.

Évoquée dans la plupart des prises de paroles au cours de l'après-midi, elle pointe la question des interdictions des produits phytosanitaires sans alternatives derrière. Quand Audrey Piazza, présidente des Jeunes agriculteurs du département, alerte sur la mort prochaine des filières pomme, cerise, fraise, lavande, Sophie Vache enchaîne en insistant sur la prééminence de la question de l'eau. "Celle qui nous a manqué, celle qui est partie dans les piscines, celle que l'on préfère mettre au service du tourisme plutôt que dans l'alimentation, celle pour laquelle on va se battre."

De celle-ci dépendra l'autonomie alimentaire d'un territoire, déjà à sec en plein mois de mars. "Comment sécuriser cette ressource et étendre les réseaux sans prélever plus ? Nous sommes attendus au tournant", reconnaît Violaine Démaret.

Quant à la souveraineté des exploitations, elle continue de diminuer, dénonce Sophie Vache : "La Pac nous dit quand semer, la Police de l'eau nous dit quand arroser, l'industriel nous dit quoi planter, la grande distribution nous fait des pieds de nez, le consommateur nous explique comment travailler, les écologistes nous empêchent de travailler. Et vous croyez sincèrement que ça va durer" ?

Partenaires engagés attendent État responsable

Remerciée pour son écoute attentive et sa présence à de nombreuses manifestations agricoles depuis son arrivée, la préfète de Vaucluse a tout de même servi de fusible lors du congrès. Pour les trois présidentes, qui ont fait entendre la colère des uns et des autres, mais aussi pour les autres partenaires du monde agricole, tel que la Région Sud.

Bénédicte Martin, vice-présidente en charge de l'agriculture, rappelle notamment que la Région porte des politiques publiques importantes dans un esprit de co-construction, mais interpelle : "Nous sommes des alliés du gouvernement, mais pas des supplétifs. Quand ça va, ça va. Mais quand ça ne va pas, il faut le dire aussi". Et d'ajouter : "Ensemble, on travaille, et nous n'avons pas attendu l'État pour nous positionner. Mais le compte n'y est pas. Il va falloir accélérer et nous ne sommes pas la voiture-balai. L'État doit entendre la détresse et prendre ses responsabilités".

Violaine Démaret assure entendre et comprendre cette colère, dont découlent des attentes fortes. Elle prend d'abord l'exemple des phytos, notamment pour la filière cerise : "Plus le temps d'attente est long, plus c'est difficile pour vous, car les campagnes commencent et il sera bientôt trop tard. Sachez que les arbitrages sont presque arrêtés. Nous travaillons à des solutions, qui seront peut-être imparfaites d'abord, mais qui apporteront au moins une réponse dès cette campagne". Des annonces devraient arriver dès la mi-mars.

L'État va accélérer, assure-t-elle. Sur les phytos, sur les énergies "qui sont la problématique de tout le monde", sur l'agrivoltaïsme - "mais pas n'importe comment"-, sur l'eau, les calamités, l'assurance... Elle évoque pour finir France 2030, incitant les agriculteurs à déposer leurs projets pour continuer à aller de l'avant malgré tout le reste.

Manon Lallemand •

Anticiper les conséquences d'un projet d'ENR sur l'exploitation

Table ronde conséquences financières et sociales d'un projet d'ENR sur une exploitation agricole.

© Crédit photo : ML

Dans un contexte marqué par le changement climatique et la guerre en Ukraine, le souhait du gouvernement s'affirme de plus en plus : il faut sortir de la dépendance énergétique. Entre plan de sobriété, relance du nucléaire et développement des énergies renouvelables (ENR), les propositions faites aux agriculteurs par les énergéticiens se font de plus en plus régulières. De manière à apporter un début de réponse aux interrogations que se posent les exploitants, la FDSEA organisait une table ronde sur le sujet des ENR et, plus précisément, sur les conséquences fiscales et sociales de ce type de projet sur les exploitations agricoles. Sur l'estrade, Christelle Montibeller (directrice adjointe de la MSA Alpes-Vaucluse), Thomas Boutin (responsable de l'agriculture et des transitions au Crédit Agricole), Fabrice Triep Capdeville (directeur départemental Safer Paca), Michel Roques (chargé de prévention chez Groupama) et Vincent Guillot (juriste à la FNSEA) se sont passé le micro, pour tenter de se frayer un chemin dans les méandres juridiques, fiscales et sociales des projets. Les problématiques sont multiples et complexes, probablement trop pour être abordées en une heure au cœur d'une journée déjà bien chargée. Mais qu'à cela ne tienne, la FDSEA aura tenté d'apporter un éclairage. Une chose ressort principalement : la nécessité d'être accompagné par les bons spécialistes, avant de se lancer dans les projets.

Manon Lallemand •

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