France 17/05/2023
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Vie du sol

Régénérer les sols face à la sécheresse

"Comment restaurer le cycle de l'eau avec l'aide du microbiote du sol ?" Éléments de réponse avec Céline Basset, experte en régénération du microbiote du sol, techniques d'élevage de micro-organismes et de compostage.

Céline Basset : "L'urgence est de réparer le sol, en y remettant de la biologie, en cultivant des micro-organismes, afin d'aller vers l'agroécologie. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra refaire une toile alimentaire."

© Crédit photo : FG

"Rétablir le microbiote de nos terres est essentiel, c'est le socle de la civilisation, de l'agriculture et de l'aménagement d'un territoire. Sans cela, on ne peut pas régénérer le cycle de l'eau", attaque d'entrée Céline Basset, fondatrice du laboratoire santé du sol et présidente de la Ferme Blue Soil, lors de sa conférence dans le cadre de la première édition de 'La Semaine de la Terre', organisée sur le campus de la Gaillarde de l'Institut Agro de Montpellier, du 17 au 20 avril derniers. Une réflexion qu'elle a débutée au cours de son séjour aux États-Unis, quand elle apprend qu'elle souffre d'une grave infection du microbiote intestinal au Candida albicans.

Prenant conscience que notre santé dépend de ce que nous mangeons et notre survie de la bonne santé de notre planète et de ses écosystèmes, elle décide de mettre les mains dans la terre, d'abord aux États-Unis, en faisant de la permaculture à Brooklyn, puis en Asie du Sud-Est, où elle mène des projets expérimentaux de culture. C'est en testant des cultures en eau et en terre, au Vietnam, qu'elle réalise que le sol, comme l'intestin, a un microbiote, et que moduler les apports pour l'équilibrer est primordial. 

Aussi se lance-t-elle, quand elle arrive en Birmanie, dans l'élevage de micro-organismes dans de l'eau de pluie à partir des principes de l'aquaponie, pour des cultures hors-sol. Mais "trouvant ce système peu résilient, j'ai créé l'aquaponie régénérative des sols, qui a pour but une triple culture (poisson, micro- organismes et culture végétale), et où les poissons ne sont pas une source financière, mais un moyen d'avoir un écosystème microbien stable dans ce système artificiel. Recherchant toujours des solutions plus low-tech, résilientes, symbiotiques et faciles à gérer, j'ai centré mes recherches sur la culture de micro-organismes intervenant dans la nutrition des plantes et créé la microbioponie®", détaille-t-elle.  

La sécurité alimentaire n'est plus assurée

De retour en France, en 2019, elle crée la Ferme Blue Soil et développe des procédés consacrés à revivifier les sols pour restaurer le cycle de l'eau et assurer la sécurité alimentaire publique, menacée par les risques de pénurie faute de stocks suffisants, mais aussi par des ruptures dans la chaîne d'approvisionnement, car "on ne transforme plus sur notre territoire. Notre système est dépendant et perfusé. Le risque de pénurie n'est pas fantasmé, il est bien présent. Nous sommes devenus vulnérables de manière systémique. Et d'autant que les agriculteurs sont aussi en danger, exposés au burn out et au suicide. La baisse de la qualité de vie chez les agriculteurs, qui sont isolés dans leur coin, est mortifère. Il faut réellement en avoir conscience", insiste Céline Basset.

En burn out, les écosystèmes le sont aussi, considère-t-elle, car la biodiversité est perdue au-dessus et en dessous du sol. "Le premier ennemi de la biodiversité sous le sol, c'est son compactage, qui engendre de l'érosion, du lessivage, de la sécheresse et détruit le microbiote. Si le sol est imperméable, la pluie ruisselle, elle ramasse la soupe chimique et la déverse dans les rivières. A contrario, si le sol est pénétrable, l'eau peut s'infiltrer, rengorger les nappes phréatiques, les cours d'eau, les rivières, les fleuves, et conserver la qualité de l'eau. Tout cela entraîne également des pertes financières pour les agriculteurs", explique-t-elle. Alors, certes, même s'il ne sera pas possible de se passer des machines qui contribuent au tassement du sol, "celles-ci doivent être adaptées au microbiote du sol", insiste-t-elle.

L'autre "impensé", selon elle, est le délai de régénération du sol, sa cicatrisation nécessitant du temps, bien que difficile à prédire. En filigrane de ces problématiques, l'une des questions cruciales est : comment fera-t-on pour nourrir 10 milliards d'habitants en 2050 ? Face aux insécurités agricole, alimentaire et financière qui se profilent, "l'urgence est de réparer le sol, en y remettant de la biologie, en cultivant des micro-organismes, afin d'aller vers l'agroécologie. Ce n'est qu'ainsi que l'on pourra refaire une toile alimentaire, puisque tout part du sol, ce qui implique aussi d'arrêter d'artificialiser les sols", martèle Céline Basset. 

Les acteurs du microbiote du sol

Rappelant, par ailleurs, qu'en dehors de certaines zones complexes "il n'y aurait pas vraiment de sols pauvres en nutriments, mais des sols pauvres en microbiote (Sparks, 2003)", la première étape est d'établir un diagnostic complet de la terre (analyses physico-chimique, microbiologique fonctionnelle et quantitative), pour observer qui est absent ou présent parmi les cinq acteurs du sol, définir un ratio champignon / bactérie (F : B) et contextualiser le diagnostic en fonction de la culture et du contexte. Cela afin de restaurer précisément les cinq groupes de micro-organismes qui constituent la chaîne alimentaire du sol : les bactéries, les champignons, les protozoaires, les nématodes et les micro-arthropodes. Les deux premiers (bactéries et champignons) sont des décomposeurs, qui libèrent les nutriments de la matière minérale (sables, limons, argiles) et digèrent la matière organique. Les trois autres sont des prédateurs qui mangent les décomposeurs, rendant ainsi les nutriments biodisponibles. 

Ces cinq groupes de la chaîne alimentaire ont de multiples bénéfices. Non seulement, ils permettent de restaurer le cycle de l'eau, en maintenant la structure du sol grâce aux services écosystémiques rendus par leurs activités quotidiennes (galerie, tunnel, micro et macro-agrégats, etc.), de lutter contre la sécheresse et les incendies, mais ils séquestrent aussi le carbone, limitent les gaz à effet de serre, rendent biodisponibles les nutriments et développent la biodiversité en dessous et au-dessus du sol. "Le microbiote du sol, lorsqu'il est composé de ces cinq groupes, est en bonne santé et assure notre sécurité alimentaire par une structuration du sol, une libération des nutriments emmagasinés dans les sols depuis toujours, puis finalement une infiltration de l'eau dans les sols, régénérant ainsi le cycle de l'eau", récapitule-t-elle.

Autant de bénéfices possibles, à condition que tous ces acteurs du microbiote soient en lien les uns avec les autres, "mais tout dépend de la qualité de l'habitat, car tous ces micro-organismes ont besoin de conditions environnementales et métaboliques importantes", reconnaît-elle. Ainsi, un environnement anaérobie putrifié (< 4 ppm de O2) favorisera la sélection d'un groupe de micro-organismes non bénéfiques aux cultures et aux élevages (pathogènes spirilla, spirochete). Les conditions anaérobie proviennent des plaques de compaction du sol (> 10 bars) qui n'infiltrent pas l'eau, provoquent le ruissellement, l'érosion et la perte des nutriments, qui sont transformés en gaz plutôt que de rester dans le sol. Alors qu'un environnement aérobie sélectionnera les micro-organismes bénéfiques qui permettent le maintien de la structure du sol, l'infiltration de l'eau. Cela permettra aussi de rendre les nutriments biodisponibles, de séquestrer du carbone et de constituer un véritable système immunitaire pour les cultures.  

"C'est bien l'habitat qui va sélectionner la population microbienne qui sera active dans le sol. C'est donc lui qu'il faut travailler afin que le sol soit de nouveau aéré, pour ensuite réensemencer ce dernier avec des micro-organismes locaux", conclut-elle.  

Florence Guilhem •

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La Semaine de la Terre

La Jema (Junior Étude Montpellier Agro), membre de la Confédération nationale des juniors entreprises, a organisé la première édition de 'La Semaine de la Terre', du 17 au 20 avril derniers. Cet événement portait sur le thème du développement durable et de la transition écologique. L'objectif était de comprendre les crises biologiques auxquelles nous sommes confrontés, de diffuser l'information et de permettre d'agir concrètement, tant à l'échelle individuelle que collective. "Nous avions à cœur d'organiser cet événement pour permettre aux étudiants d'établir un contact direct avec le monde professionnel et leur donner des outils concrets pour agir en faveur de la transition. C'est un événement qui est pour nous source de motivation, mais surtout vecteur d'action collective", précise Laure Girard, présidente de la Jema.

Corinne Miliani •

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