France 04/11/2022
Partage

Désherbage

Démultiplier les alternatives aux traitements et au travail du sol

Tiraillés entre le travail du sol et le désherbage chimique, les vignerons tentent aujourd'hui de trouver des alternatives plus favorables à l'environnement et à la biodiversité dans leurs parcelles. Mais toutes les solutions sont-elles envisageables ?

Dans l'essai, plusieurs méthodes sont comparées : le travail mécanique (bineuse, désherbage électrique...), tonte, tuiles Symbio© et traitement au glyphosate pour la parcelle témoin.

© Crédit photo : CZ

La viticulture est millénaire, mais face aux changements, qu'ils soient climatiques ou sociétaux, la filière doit elle aussi s'adapter et trouver divers moyens de se renouveler. Depuis des années, de nombreux essais sont mis en place sur le territoire afin de trouver des alternatives au désherbage chimique et au travail du sol. Les ressources existantes sont aujourd'hui nombreuses. Les conseillers des Chambres d'agriculture et l'Institut français de la vigne et du vin (IFV) en présentaient certaines lors d'une conférence sur le salon Med'Agri, qui se tenait à Avignon le 20 octobre dernier.

"Au départ, nous avons une demande des conseillers et des professionnels pour les alternatives à l'utilisation du glyphosate d'abord, et des désherbants en général. Nous avions de très nombreuses ressources en région Auvergne-Rhône-Alpes et dans le quart Sud-Est de la France, mais elles étaient très dispersées", explique Sophie Stevenin, chargée de mission 'Recherche, innovation et développement' pour la Chambre d'agriculture Auvergne-Rhône-Alpes. Ainsi naquit le projet 'Altavita'. L'objectif ? "Leur offrir un gain de temps dans la prise de décision, et leur donner la vision la plus exhaustive possible de ce qui se fait en alternatives".

Alors les données ont été rassemblées et combinées, pour être le plus facilement exploitables. Au total, sept conseillers, deux ingénieures - une en communication et une en formation - et deux chargés d'expérimentations ont mené l'enquête, créé la base de ressources et développé des fiches de synthèse. Le site web1 est désormais exploitable par les conseillers "en viticulture comme en arboriculture, car les ressources disponibles sont souvent complémentaires", et continue d'être alimenté pour éviter à cette base de devenir obsolète, les essais menés sur le terrain étant toujours aussi nombreux.

De nombreux tests en cours sur le territoire

Les Chambres d'agriculture se montrent effectivement très proactives dans l'expérimentation. Ainsi en Vaucluse, les conseillers ont-ils par exemple suivi des expérimentations d'alternatives au travail du sol sous le rang, dans le cadre du projet national Écophyto Viglyfree.

Ce dernier, qui courrait sur trois ans jusqu'en 2022, avait pour idée de répondre à trois objectifs : capitaliser les expériences et attentes, expérimenter les méthodes alternatives, et diffuser les pratiques. Dans sa dernière année et donc dans l'expectative de quelques résultats, les Chambres peinent encore à identifier de réels marqueurs entre les différentes modalités.

Parallèlement à cela, les différences colossales de météo n'arrangent rien, comme le rappelle Éloïse Bousquet, conseillère viticole du pôle technique 'Vigne et vin' de la Chambre de Vaucluse : "Il est important de noter que les années 2021 et 2022 sont très dissemblables et expliquent aussi pourquoi les résultats sont si différents pour certains points des essais". 2021 se situe effectivement dans la moyenne 2000-2021, tant en termes de températures que de précipitations, alors que 2022 explose tous les records de chaleur et de sécheresse.

Dans l'essai, plusieurs méthodes sont comparées : le travail mécanique (bineuse, désherbage électrique...), tonte, tuiles Symbio© et traitement au glyphosate pour la parcelle témoin. En année 'une' comme en année 'deux', les taux de couverture sous le rang restent assez proches, mais l'effet sur les adventices semble tout de même se vérifier. "La tonte a le meilleur taux, sauf à la fin ou le glyphosate reprend le dessus, notamment lorsqu'il y a eu des précipitations et un seul traitement. Le désherbage électrique est quant à lui très performant. Mais nous conseillons de limiter l'intervention à une ou deux fois par an, et surtout sur le début de saison, à cause des sécheresses qui augmentent le risque d'incendie", développe la conseillère.

Pour le déficit hydrique, en 2021, la tuile a su tirer son épingle du jeu. Mais 2022 n'a pas permis de noter de véritables différences entre le travail du sol et les alternatives testées. De la même manière, aucun résultat contrasté n'a permis de mettre en avant une méthode plus qu'une autre, concernant l'impact potentiel sur la maturité et le rendement des grappes.

Entre impasse technique et coût exorbitant ?

Ailleurs en France, des essais sont également menés avec des dalles de chanvre, du miscanthus ou encore, plus original, de la laine des brebis qu'un viticulteur élève en parallèle de sa culture de la vigne. Le constat général reste cependant quelque peu décevant. "Aujourd'hui, nous n'avons pas de solutions qui remettent réellement en cause les pratiques, d'autant que les coûts pour les mettre en œuvre font parfois bondir", se désole Amandine Fauriat, conseillère viticulture Côtes du Rhône septentrionales pour la Chambre d'agriculture d'Ardèche.

Pour les exploitants travaillant dans des parcelles en dévers, la tâche n'est pas facilitée non plus. Des essais ont ainsi été menés sur des plantiers de 2021, avec à nouveau des tuiles Symbio©, un paillage amidon et un broyat de vignes mères de porte-greffe, dans une optique de valorisation des déchets. Malgré le peu de recul pour le moment, Rémi Vandamme, conseiller viticole de la Chambre vauclusienne, note déjà quelques difficultés : "Le problème avec le dévers, c'est qu'on s'aperçoit que le broyat bouge par exemple, ou que la terre vient recouvrir les tuiles. Pour les Symbio© d'ailleurs, que ce soit à plat ou en dévers, la gestion des bordures est un peu compliquée également".

Alors, pour pallier les obstacles à ces alternatives pourtant nombreuses, les projets se poursuivent encore et encore. L'IFV continue par exemple de suivre son expérimentation 'Vitimulch', "pour laquelle l'idée est d'acquérir des références supplémentaires sur les mulchs, notamment avec l'idée de recyclage de produits et ce, sur deux sols aux profils pédoclimatiques différents", commente Caroline Gouttesoulard, ingénieure recherche et expérimentation protection du vignoble à l'institut.

Outre l'évocation des résultats de la première année, d'autres sont à attendre prochainement. Ces derniers mèneront potentiellement à des analyses de la dégradation des mulchs, grâce à des prélèvements microbiologiques des sols. Pour 2023, dernière année de la campagne, ce sera au tour de l'analyse économique, notamment dans la récupération de matières locales. "Ce qu'on observe, c'est que les vignerons qui mènent les expérimentations ont souvent l'impression que le rendement est moindre. Mais dans les faits, il n'y a pas de différence. Ce qui est contraignant, c'est le cadre expérimental", poursuit-elle.

Une façon pour l'ingénieure de rassurer les vignerons qui souhaiteraient essayer sur leurs parcelles, et de leur montrer qu'il y a encore matière à faire aux pieds des vignes.  

Manon Lallemand •

ICI
Votre encart
publicitaire !

Tél. : 04 67 07 03 73

Sur le même thème

Vaucluse 28/04/2023

AOC Luberon

Une appellation qui déménage !

Pour voir au-delà des crises, il faut des projets. Bonne nouvelle pour les vins du Luberon : la direction de l'appellation et les vignerons regorgent d'idées et d...
Vaucluse 16/12/2022

Inter Rhône

Un plan d'action aux ambiti...

Le 8 décembre, l'interprofession des vins de la Vallée du Rhône conviait la presse à découvrir un ambitieux plan d'action à l'horizon 2035, à base d'augmentation...
Vaucluse 01/12/2020

Changement climatique : Les...

L’évolution du climat pose la question de l’avenir de la viticulture méditerranéenne. Face à des réalités qui impactent déjà nos terroirs, chercheurs, instituts t...

Annonces légales

Publiez facilement vos annonces légales dans toute la France.

Grâce à notre réseau de journaux partenaires.

Attestation immédiate, service 24h/24, 7 jours/7

Derniers tweets

08/06/2023
https://t.co/It7mj1astX
https://t.co/It7mj1astX
07/06/2023
https://t.co/q3a0xh9oZW
https://t.co/q3a0xh9oZW
06/06/2023
[A LA #UNE 📰] - Les @Amandesprovence misent sur le collectif - 10 idées phares pour l'#installation - Nouveau guide pour les restrictions d'#eau - Passage de flambeau au syndicat porcin - Dossier #aléas climatiques - Ras-le-bordel des dépôts sauvages... #agriculture #vaucluse https://t.co/TbHL1T7CoX
https://t.co/TbHL1T7CoX

Abonnez-vous à nos hebdos

Chaque semaine, retrouvez toute l'actualité de votre département, des infos techniques et pratiques pour vous accompagner au quotidien...

Découvrez toutes nos formules

Dernières actualités

Newsletters

Inscrivez-vous GRATUITEMENT à nos newsletters pour ne rien rater de notre actualité !

S'abonner

Gardons le contact

Twitter : suivez toute l'actualité agricole utile du moment, réagissez
Facebook : partagez encore plus de posts sur l'actualité agricole de votre territoire
Instagram : suivez nos bons plans et partagez nos galeries de photos
Linkedin : élargissez votre réseau professionnel
Youtube : vidéos, interviews, DIY...