Viticulture : L’ingéniosité de terrain mise en lumière

Publié le 17 décembre 2018

« Avant, nous utilisions une tarière puis une pelle derrière le tracteur. Aujourd’hui, cet outil adapté sur une pelle à chenille divise le coût par trois. »

Dans le cadre d’Innov’Action, Thierry Gaïde, vigneron à Bollène au domaine Julien de l’Embisque, a reçu Bertrand Gaume, préfet de Vaucluse, ainsi qu’une quinzaine de professionnels sur son exploitation, le 6 novembre. Objectif : présenter son atelier débordant de machines créées et adaptées, destinées à améliorer son travail dans les vignes.

L’atelier de Thierry Gaïde regorge de machines créées, aménagées, façonnées ou remises en état. Si ce jour-là, l’orage a empêché de voir le matériel à l’œuvre dans les vignes, il n’a pas arrêté les professionnels venus nombreux à la rencontre de ce ‘Géo Trouvetou’ des vignes. « J’essaie juste d’améliorer ce qui fonctionne et d’éliminer le négatif », résume modestement le vigneron, qui explique avoir construit ses premières cuves et son enjambeur avec son père. Impatient de transmettre ses trouvailles, il présente le clou de la visite : un godet à griffes adapté sur une longue pelle, pour dessoucher les vignes. « L’écartement des quatre griffes permet de retourner le sol, d’enlever en une seule fois la souche et les racines » explique-t-il. Il a même préparé des gabarits en carton à l’attention des visiteurs du jour qui souhaiteraient usiner un godet à griffes semblable. « Ma motivation était d’améliorer le taux de reprise de mes plantations », explique-t-il. L’arrachage jusqu’alors se faisait classiquement au moyen d’un godet plein qui formait un trou aux parois lisses lors de l’excavation de la terre. « Or, avec l’humidité du sol en automne, cela formait une barrière difficile à traverser pour les racines du jeune plant. Aujourd’hui, grâce à cet outil, le taux de reprise est de 98%, alors qu’il était de 60% auparavant ! », constate-t-il, avec joie.

Un gain de temps et des économies.

Comme les souches à extraire et les trous à creuser sont répartis aléatoirement sur la parcelle, Thierry Gaïde a choisi d’adapter le godet sur une pelle à bras long. Celui-ci peut donc passer au-dessus du palissage, sans l’endommager, jusqu’à pouvoir agir sur quatre rangs depuis la même position. Voilà encore un gain de temps, au profit de la conduite domaine. « Nous travaillons à deux. L’un conduit l’engin, et l’autre récupère la souche et les fils, puis place tout ça à l’arrière de la machine où j’ai installé un gros godet récupérateur. Du coup, un seul passage suffit au lieu de trois. C’est un véritable gain de temps au final ! Le coût est tout simplement divisé par trois. » Cette amélioration est d’autant plus utile que le nombre de manquants à remplacer est important. « J’ai mis au point ce matériel depuis un an et demi, et j’ai déjà fait 3500 trous. Ici, avec le dépérissement de la syrah, je dois bien remplacer 2% du vignoble chaque année, c’est-à-dire environ 1500 plants. »

La gestion du temps est un point clé dans la conduite du domaine, en particulier lorsque l’exploitation est, comme ici, de grande taille (55 ha) et conduite en agriculture biologique. « Prendre le temps d’adapter les outils à son besoin c’est gagner du temps au final », estime le vigneron.

Un besoin en matériels adaptés.

« L’année a été difficile avec le mildiou » constate Bertrand Gaume, le préfet de Vaucluse, venu à la rencontre de Thierry Gaïde, afin de mieux appréhender l’innovation en machinisme viticole et ses applications. Le préfet a largement questionné le vigneron pour qu’il lui présente en détail sa cave et l’ensemble de son atelier. « Dans ce cas-là aussi », admet le vigneron, « si on avait eu un appareil plus adéquat, on aurait minimisé nos pertes de récolte ». Il compte d’ailleurs adapter les panneaux récupérateurs, fabriqués par son père, sur une machine d’occasion. « Les essais menés par les Chambres d’agriculture montrent qu’il y a peu de véritable face par face dans les appareils proposés actuellement, sauf si l’appareil est équipé de récupérateur de bouillie » précise Bernard Mille, vice-président de la Chambre d’agriculture de Vaucluse.

« La réduction des produits phytosanitaires est un des défis relevés par les agriculteurs, et nous les accompagnons en ce sens », rappelle André Bernard, président de la Chambre. « Ces rencontres sont aussi l’occasion de faire savoir leurs actions, car il y a une méconnaissance de leur travail» constate-t-il. Au vu du succès de cette journée, de l’intérêt des agriculteurs présents ce jour-là, gageons que les innovations de terrain essaimeront !

Cécile Poulain


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