Rédigé le 27 janvier 2012

Les 3,7 kg donnés en offrande ont rapporté cette année 4806 €, ce qui fixe le prix du kilo de truffe à 1298 €. ©M.K
Le dimanche 15 janvier était une journée particulière pour Richerenches : le village de l’Enclave des Papes fêtait Saint-Antoine, le patron des trufficulteurs.
C’est un rendez-vous qu’aucun amateur de truffes ne voudrait manquer : la Saint-Antoine à Richerenches. Chaque année depuis 1952, le village célèbre le patron des trufficulteurs. Après la messe célébrée en Provençal, la foule nombreuse qui s’est rassemblée sur le parvis de l’église accompagne les membres de la confrérie du Diamant noir jusqu’à la mairie où se tient la vente à la criée pour la 19è année consécutive. En tête du cortège : le curé de la paroisse tenant dans ses mains l’objet de toutes les attentions : un panier rempli de truffes, offrandes des professionnels de la Tuber mélanosporum en ce jour particulier. Arrivé devant l’Hôtel de ville, le Grand maître de la confrérie, Bernard Reynal, grimpe sur une estrade improvisée et déclare ouverte la vente à la criée de Richerenches.
Petite récolte
« On commence à 7 », annonce d’emblée le Grand maître. Et pas question de tergiverser. « N’oubliez pas que les paroissiens donnent les meilleures de leurs truffes pour remercier Saint-Antoine », se justifie-t-il sur un ton farceur. « Certains ont oublié cette année », constate-t-il, en remarquant que la pesée n’indique que 3,700 kg. « On va les rappeler à l’ordre pour que l’année prochaine, on atteigne les 6-7 kg habituels », ajoute-t-il.
Une truffe de 90 g constitue la première enchère avec un prix de départ de 65 €, elle sera adjugée à 100 € une poignée de minutes plus tard. Dans un rythme endiablé, le Grand maître liquidera les offrandes. « J’en achète parfois sur le marché, mais le jour de la Saint-Antoine, je participe pour le geste. Tant pis si je la paie un peu plus cher, c’est pour un jour particulier. Et je la cuisine avec plus d’attention et de délicatesse celle-là », souligne une habituée de la vente à la criée.
Cette année, la récolte de la Tuber melanosporum s’est avérée être inférieure en quantité, mais supérieure en qualité. « La vingtaine de tonnes sera difficile à atteindre cette année », pronostique Pierre-André Valayer, maire de Richerenches et négociant en truffes de père en fils depuis quatre générations. « L’hiver n’est pas très rigoureux, ce qui est un atout pour la truffe qui n’est pas forcée par le gel et mûrit à son rythme. C’est ce qui explique en partie la qualité de la production ».
Ce champignon, qui se cave de novembre à fin février, revêt une part de mystère. De la gamelle des pauvres aux grandes tablées royales, la truffe a connu diverses fortunes, avant de devenir depuis presque un demi-siècle un ingrédient prestigieux. Sublimée par les chefs étoilés, elle s’envole parfois à plus de mille euros le kilo. Des sommes astronomiques qui favorisent vols et trafics. « Cette année, les vols ont diminué grâce à plus de vigilance et au concours de la gendarmerie qui patrouille aux abords des truffières », note le maire du village.
Renommée mondiale
50 % de la production nationale se négocie sur le marché de Richerenches où près de 400 trufficulteurs venus de l’Enclave des Papes, du Vaucluse et du sud de la Drôme s’installent le samedi matin pendant la récolte. Ici, comme à Carpentras, le diamant noir se négocie entre 400 et 600 euros le kilo. Avec des variations qui peuvent donner le tournis certains jours. « Le contexte économique étant difficile cette année, les prix restent contenus et raisonnables », nuance Pierre-André Valayer. Selon l’édile, le diamant noir de l’Enclave se distinguerait par « ses arômes de sous-bois, son amertume légèrement douce et sa fin de bouche au goût de noisette ».
« C’est une question de terroir, nous avons toujours eu ici une truffe d’excellente qualité qui a fait la renommée du marché de Richerenches, devenu une référence nationale et mondiale. Et nous avons fait en sorte de préserver cette tradition », précise Bernard Mure, richerenchois.
Devant la mairie, la foule hilare suit les tractations entre les acheteurs et le Grand maître. « Ce n’est pas pour moi, c’est pour la paroisse », se défend ce dernier après avoir volontairement sauté quelques dizaines d’euros en passant d’un enchérisseur à l’autre. Car les gains de ces traditionnelles enchères reviennent à la paroisse qui peut ainsi entretenir et rénover ses édifices religieux sans le concours des collectivités.
Les plus beaux spécimens sont réservés pour la fin de la criée. Les deux dernières, pesant 300 g, s’envolent à 380 € et 270 €.
« C’était une vente aux enchères fort sympathique, même s’il y avait un peu moins de truffes que d’habitude, avec du soleil tout le temps », souffle le Grand maître en redescendant de son perchoir. Depuis 19 ans qu’il officie à la vente à la criée, il constate toujours « le même engouement » de la foule, venue « de partout » pour assister à cet événement.
Et le comptage des espèces sonnantes et trébuchantes parachèvera la satisfaction du confrère : 4 806 € récoltés, ce qui fixe le prix du kilo de truffes à 1 298 € en ce 15 janvier 2012. L’an passé, la paroisse avait récolté 5 074 € ; soit un prix au kilo légèrement inférieur à 1 127 €. « C’est une bonne année », conclut le Grand maître.
Murielle Kasprzak

Le Grand maître de la confrérie du Diamant noir, Bernard Reynal, a procédé à la vente aux enchères des truffes données en offrande lors de la messe. ©M.K
Attestation de parution immédiatement délivrée sur votre boîte mail