Rhonéa : À Vacqueyras et Beaumes-de-Venise, des coopérateurs sur le qui-vive

Publié le 20 septembre 2018

Iseline Imbert analyse les échantillons en compagnie de Gabriel Valverde, chargé d’œnotourisme et des relations coopérateurs-cave, et de Thierry Sansot, œnologue.

Rhonéa conseille le tri avant vendanges. La faute aux conditions climatiques qui ont entraîné l’inévitable mildiou. Pour éviter que les dégâts provoqués par le champignon communiquent des notes herbacées, un mot d’ordre est entonné chaque jour à réception des raisins aux vignerons coopérateurs : trier dans les vignes !

« Là, on a mangé tout notre crédit. S’il pleut à nouveau, c’est le risque Botrytis ! » prévient Thierry Sansot, œnologue de Rhonéa. À la cave, les vendanges ont débuté le 16 août, et vignerons et vinificateurs s’attendent cette année à une récolte en hausse par rapport à l’an passé.

Mais les dernières semaines n’ont pas été de tout repos ! Comme ailleurs, le mildiou a provoqué des dégâts de rot brun dans les vignes. Or, si ces raisins se retrouvent dans la vendange, ils communiquent au vin des notes herbacées, désagréables et durables. « J’ai déjà pu observer que les vins ont ensuite des odeurs de feuilles de lierre froissées » remarque l’œnologue. Pour éviter ça, le mot d’ordre est de trier. C’est pourquoi la cave demande aux vignerons de passer dans les vignes pour faire tomber tous les raisins abimés, avant le passage des machines à vendanger. « Certains pensent que cette opération s’avère superflue car la machine ne les fait pas tomber. C’est faux. Nous l’avons vérifié lors d’essais. Ces raisins abîmés tombent bien dans la vendangeuse, et passent ensuite au travers de l’égrappoir. Donc, ce tri avant récolte est nécessaire cette année. »

Thierry Sansot et Gabriel Valverde, chargé d’œnotourisme et des relations entre les coopérateurs et la cave, citent en exemple le travail d’un coopérateur : « Léo Gras, à Sarrians a trié tous ses grenaches blancs, en appellation Vacqueyras. Un formidable travail ! ».

Des acidités basses.

« Cette année, il faut être particulièrement vigilant sur les maturités aromatiques, notamment en muscat à vin doux naturel », estime Thierry Sansot. En effet, les acidités sont très basses. « On a rentré des vendanges à 1,65 g/l d’acidité et 4,5 de pH ! », s’étonne-t-il. Un tel niveau d’acidité engendre un déséquilibre gustatif, car il ne suffit pas à contrebalancer la saveur sucrée de ce type de vin. D’autant qu’un pH élevé peut favoriser le développement de microorganismes indésirables. Donc la vinification est à surveiller de plus près !

« Nous sommes les premiers à commencer les contrôles de maturité dès le 1er août », observe Thierry Sansot. « On a donc toutes les infos pour affiner les dates de vendanges selon les maturités. Pour récolter au meilleur moment les muscats à petits grains notamment. » Rhonéa fait des vinifications d’effervescents rosés et muscats pour lesquelles, en cave, il faut être très précis sur les dates de vendanges. « Du coup, on a pu voir, grâce aux premiers contrôles, que le millésime s’annonçait plutôt précoce, comme en 2017. Mais après les très grosses pluies du 8 et du 10 août, où il est tombé ici 100 et 140 mm, on a constaté une forte dilution des raisins. » À partir de là, il y a eu un gros gain en volume et une chute importante des acidités.

Cette baisse a été accentuée par le phénomène de combustion de l’acidité par la chaleur. « Les raisins ont mis du temps à se concentrer à nouveau. Les acidités sont encore très basses par rapport aux objectifs attendus, en particulier en Côtes du Ventoux, avec des moûts à 2,8 g/l et 3,6 de pH. »

Organisation des saisonniers.

« Vous avez tout compris au millésime ! », lance Thierry Sansot à un coopérateur venu lui partager ses réflexions. Ce dernier annonce retarder la récolte manuelle des syrahs, pour que les saisonniers puissent enchaîner ensuite avec la récolte des grenaches, plus tardifs. « Les grenaches ont beaucoup plus subi l’effet de dilution », explique l’œnologue : « On le voit au feuillage des vignes qui est tout vert ». Autrement dit, puisque la pluie profite au feuillage, c’est qu’elle ne profite pas au raisin. Dans un objectif de cru, pour élaborer des rouges concentrés, les vignerons doivent donc attendre encore pour que les raisins se concentrent, mûrissent. « Depuis cette semaine, ça commence à reconcentrer. »

Cécile Poulain


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