Recyclage : Récupagrie offre une seconde vie aux déchets agricoles

Publié le 10 novembre 2017

Sébastien Souchon, d’Adivalor, filière de recyclage des déchets agricoles, et Michel Recordier, coprésident depuis 2016 de Récupagrie, avec l’autocollant donné aux agriculteurs adhérents à l’association. (© M.K)

L’association Récupagrie, chargée de récupérer les déchets plastiques agricoles qui sont ensuite recyclés, a soufflé ses bougies le mardi 31 octobre avec un bilan positif et des perspectives d’extension.

Sacs d’engrais de 15 kilos, goutte-à-goutte, bâches pour serres, petites chenillettes, sacs pour paillage blancs ou de couleurs… les déchets agricoles en plastique s’amoncellent sur les exploitations et compliquent le quotidien des paysans qui ont l’obligation de traiter leurs rebuts. Plus question de les entasser ou de les brûler dans un coin du champ. Récupagrie, plateforme de recyclage qui fonctionne sous la forme associative, a ouvert ses portes il y a dix ans en partenariat avec les producteurs des Sorgues du Comtat, sur un site à Monteux laissé à leur disposition par la communauté de communes Vaison-Ventoux pour récupérer et valoriser ces déchets. « En 2006, on avait 25 adhérents et 300 tonnes de plastique à traiter, en 2017, on compte 150 adhérents et 1 500 tonnes de déchets à recycler, c’est énorme ! », s’exclame Michel Recordier, maraîcher à Pernes-les-Fontaines et président de Récupagrie avec Philippe Bon depuis 2016. « Au début, nous avions des agriculteurs de Pernes-les-Fontaines, Monteux, Entraigues-sur-la-Sorgue et Althen-les-Paluds, puis nous avons ouvert nos portes à Carpentras, Loriol-du-Comtat, Caderousse, L’Isle-sur-la-Sorgue, Saint-Didier… Tout le Vaucluse nous sollicite et nous avons même des appels d’agriculteurs de la Drôme ! Nous sommes la plateforme la plus importante du département, même les Bouches-du-Rhône n’ont pas un site aussi gros que le nôtre ! » Pour adhérer à l’association, l’exploitant verse une cotisation annuelle calculée en fonction de la quantité de rebuts susceptible d’être déposée sur la plateforme. « Lorsque l’agriculteur fait un apport de plastique, il reçoit une attestation mentionnant le volume livré », explique le co-président. « A la fin de la saison, il peut ainsi connaître le poids total qu’il dépose sur le site et calculer sa cotisation pour l’année suivante. »

Le Vaucluse, un département en pointe.

Pour ses dix ans, l’association avait convié le mardi 31 octobre les responsables du secteur agricole ainsi que les élus locaux sur le site de Monteux pour exposer ces chiffres attestant du dynamisme et de la prise de conscience des paysans vauclusiens et détailler le cheminement des déchets collectés. Le département fait figure d’exemple car il représente à lui seul 25% des déchets recyclés de la région Paca. « Nous avons une belle démonstration de l’organisation des hommes de terrain », s’est félicité André Bernard, président de la Chambre d’agriculture de Vaucluse. « Avec de petits moyens, nous arrivons à faire de belles choses, de la haute couture avec des chiffons. Le monde agricole a montré depuis bien longtemps qu’il avançait. » Gérard Roche, vice-président des Producteurs de légumes de France, a rappelé que le « plastique et le goutte-à-goutte restent les moyens les plus adéquats pour économiser l’eau, avec une consommation divisée par dix avec le paillage ». 

Sur le site de Monteux, ouvert toute l’année, une après-midi par semaine de janvier à mai puis deux de juin à décembre, tous les plastiques sont classés par catégorie après avoir été vérifiés. Ces amas de déchets en tous genres sont ensuite récupérés et compactés par la société Coved qui les confie à Adivalor, qui gère le recyclage du plastique agricole en France. « Notre usine de recyclage de l’Aveyron les transforme en sacs jaunes utilisés pour le tri des particuliers, indique Sébastien Souchon représentant Adivalor. 90% de ce que déposent les agriculteurs sont recyclés, la profession agricole est la mieux organisée en France et la plus performante au monde dans la gestion des déchets. » Des sacs jaunes ont ainsi été conçus avec la mention « Bravo les agriculteurs » pour sensibiliser le grand public aux efforts acceptés par la profession agricole. « Il reste un défi à relever dans les années à venir, même si les résultats sont satisfaisants : la réduction du taux de souillure sur les déchets, poursuit le représentant d’Adivalor. Notre usine de recyclage nettoie les plastiques, la terre récupérée est isolée puis utilisée en remblais. Mais nos camions transportent de la terre, ce qui est sans intérêt et coute cher. Il faut donc communiquer sur les bonnes pratiques de laisser la terre au champ. »

Les agriculteurs de Récupagrie, tous bénévoles, ont même eu un cadeau pour les dix ans de l’association. Le maire de Monteux, Christian Gros, les a informés qu’un déménagement du site était en projet, entre la commune et Pernes-les-Fontaines, avec une surface étendue. « C’est une bonne nouvelle, on va passer à une autre dimension », a souligné l’élu. 

Murielle Kasprzak


Déchets agriculture recyclage