Raisin de table : La Tapy, couveuse de variétés résistantes

Publié le 07 juin 2018

Jean Pierre Van Ruyskensvelde explique le procédé de création d'une nouvelle variété, depuis le surgreffage jusqu'à son officialisation finale via son inscription au catalogue.

Le domaine de la Tapy, station régionale d’expérimentation créée en 1984, a procédé jeudi 17 mai dernier à la plantation de nouvelles variétés de raisin de table résistantes au mildiou et à l’oïdium et autres maladies fongiques. À cette occasion, l’Institut français de la vigne et du vin ainsi que l’AOP nationale raisin de table, ont rappelé l’importance de la recherche sur la création de variétés résistantes de raisins cuve comme de raisins de table pour la filière viticole.

Cette plantation de nouvelles variétés de raisins de table résistantes s’inscrit dans un projet initié en 2007 par Patrice This, chercheur à l’Inra, et René Reynard, président de l’AOP nationale ‘raisin de table’ et vice-président du domaine expérimental de la Tapy. Ils mettent alors en place les grands fondements d’un projet de création variétale spécifique pour la filière raisin de table, avec pour finalité d’obtenir des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium.

Ce programme réalisé en grandeur nature permet de repérer des marqueurs moléculaires qui rendront possible l’étude de l’ADN pour différencier les futures variétés porteuses de caractéristiques désirées, avant même que celles-ci s’expriment. « Cette année, on va pouvoir observer le surgreffage de l’an dernier car nous avons déjà pas mal de grappes. Actuellement, nous avons 36 variétés en essai et 20 nouvelles sont arrivées aujourd’hui. Les variétés nous sont livrées blanches, rouges ou noires et celles que l’on va surgreffer cette année seront observées attentivement dès l’an prochain. L’objectif est d’évaluer la grosseur de la baie, la couleur, le goût… mais aussi de voir si ces variétés sont apyrènes (sans pépins) et, surtout, résistantes au mildiou et à l’oïdium. Autant de caractéristiques organoleptiques très importantes pour le raisin de table », explique René Reynard.

Mais avant d’être en mesure de créer d’autres variétés, il faut avoir au préalable trouvé des gènes de résistance. « Ce programme présente deux caractéristiques principales : d’une part, c’est le fruit de la nature puisqu’on est allé chercher des gènes résistant aux maladies chez des variétés sauvages, aux États-Unis et en Asie. D’autre part, c’est aussi le fruit de la science : avec ces vignes sauvages, on peut repérer des profils génétiques qui nous semblent intéressants. Pour implanter ces gènes, on va ensuite faire un processus d’hybridation qui consiste à récupérer le pollen géniteur mâle sur la vigne fleurit, pour ensuite le déposer, avec un pinceau pistil par pistil, sur les fleurs femelles dont on a enlevé les étamines. Puis, l’on vérifie que le pépin a bien été fécondé et est apte à pousser », détaille Jean Pierre Van Ruyskensvelde, directeur général de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV).

À l’origine, 2000 pépins

Le projet de création de variétés résistantes se réalise à partir de 2000 pépins parmi lesquels les scientifiques espèrent sélectionner, in fine, 60 plants compatibles avec les porte-greffes actuellement commercialisés. « Il s’agit aussi de trouver le bon couple porte-greffe/variété. On connaît les propriétés des porte-greffes et on les implante en fonction de la nature du sol, mais il est indispensable qu’il y ait une complémentarité entre le sol et le porte-greffe, afin de maîtriser la vigueur de la vigne par la suite », commente Gérard Roche, président du domaine expérimental La Tapy.

Le projet se localise dans un premier temps en région Paca, les tests d’évaluation étant effectués dans ce périmètre. Les variétés retenues à l’issue du surgreffage sont ensuite officialisées en étant inscrites au catalogue des variétés officielles, gérées par le ministère de l’Agriculture. Mais il faudra encore être patient, car l’inscription au catalogue ne peut se faire qu’au bout de trois ans.

Le Conseil départemental est partenaire de ce programme depuis son lancement. « Dans le Vaucluse, nous avons la chance de bénéficier de fleurons de production tels que la cerise ou le raisin de table, où nous sommes leaders au niveau national. On se doit d’accompagner cette recherche et nous sommes heureux de le faire car il est hors de question de les laisser sans avenir. On espère qu’avec cette expérimentation, le Domaine pourra proposer aux agriculteurs dans quelques années, des variétés de raisin de table résistantes qu’ils pourront cultiver sur leurs exploitations respectives, quelle que soit leur taille », déclarait Christian Mounier, vice-président du Conseil Départemental de Vaucluse délégué à l’agriculture, à l’issue de la visite. Car ce projet vise en effet la totalité des producteurs, qu’ils soient en petite structure, en grande ou en exploitation familiale.

Claire Plisson


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