Oléiculture : Certiphyto, les « amateurs éclairés » sur le banc de touche

Publié le 20 octobre 2017

En ce qui concerne le Certiphyto, si une dérogation est inenvisageable, le préfet de Vaucluse, Jean-Christophe Moraud estime qu’une adaptation pour le statut particulier des ‘amateurs avertis’ est envisageable. (©MS)

Le groupement des oléiculteurs de Vaucluse, présidé par Eric Mathieu, et rassemblant 349 adhérents et 10 ateliers (peut-être 11 en 2018 sur les 20 que compte le Vaucluse), tenait samedi 14 octobre, son assemblée générale à Gordes, en présence du nouveau préfet de Vaucluse, Jean-Christophe Moraud.

Après la présentation des activités du syndicat, par Isabelle Casamayou, coordinatrice du groupement, l’assemblée avait défini quelques questions d’actualité, profitant de la présence du représentant de l’Etat, accompagné de la sous-préfète d’Apt, Dominique Conca. Premier point abordé, l’épineuse question du Certiphyto. En effet, la particularité de la filière oléicole française, et particulièrement dans le Vaucluse, réside dans la part importante occupée par les non professionnels et les pluriactifs, ou ceux que l’on appelle les « amateurs avertis ». En effet, 70% du verger est tenu par des retraités ou pluriactifs. Or aujourd’hui, ils se retrouvent dans un dilemme, entre demander un certiphyto qui nécessite une formation, puis comme l’a rappelé le moulinier, Yves Boudoire, l’obtention d’un numéro Siret, une déclaration auprès de la MSA, « qui promet pour l’instant de ne pas appeler de cotisation » et des obligations comptables. Certains s’interrogent sur la poursuite de leur activité dans ces conditions, « et cela fait peser une menace sur l’approvisionnement de nos mouliniers », souligne le président, Eric Mathieu.

Sans ce certiphyto, l’« amateur averti » doit désormais s’approvisionner en jardinerie, c’est-à-dire en petits conditionnements à des prix plus élevés. Le débat engagé avec la salle fut animé sur ce point. Le préfet, Jean-Christophe Moraud, a rappelé l’origine de la législation qui visait « à réduire la consommation de produits phytosanitaires, alors que la France en est le principal consommateur ». Les réactions dans la salle ne se sont pas fait attendre, d’autant que plusieurs oléiculteurs professionnels étaient présents, défendant que ce chiffre n’était pas exact rapporté à l’hectare. D’autre part, la profession a largement remis en cause les chiffres issus du bilan d’Ecophyto 1, qui indiquait une hausse des volumes de phytosanitaires. Les agriculteurs argumentent d’une part que cette hausse est liée à l’interdiction de produits phytosanitaires, dont les alternatives données comme plus respectueuses de l’environnement, nécessitent des dosages plus importants, mais également la croissance de l’emploi de produits bio, dont les dosages sont aussi plus importants. Et l’oléiculture en est un très bon exemple, puisque face à la mouche de l’olive, les barrières minérales représentent un tonnage bien supérieur aux produits phytosanitaires qu’elles peuvent remplacer. Mettant de l’huile dans son beurre natal, en tant que Breton d’origine, le préfet a conclu cette épineuse question, en assurant qu’il avait bien entendu le problème spécifique de la filière oléicole, et que si elle ne ferait pas l’objet d’une dérogation, une adaptation pour les amateurs éclairés était défendable.

Déchets verts et fruité noir.

Autre problématique abordée : les déchets verts, et dont l’élimination à des coûts raisonnables, avec l’interdiction du brulage, est devenue problématique. « On ne peut pas demander à un oléiculteur de faire 20 trajets pour amener à la déchetterie, avec le risque que la benne soit plaine lorsqu’il arrive », souligne Eric Mathieu. Sur ce point, le préfet suggère que les communautés de communes investissent dans un camion pour collecter les déchets, moyennant refacturation, pour les amener sur une déchetterie intercommunale.

Enfin le président des oléiculteurs s’est inquiété de la question du “ fruité noir ” qui manque d’une reconnaissance officielle, même si l’interprofession, l’Afidol, travaille ardemment sur la question. Le préfet s’est voulu rassurant, affirmant que l’énergie des Fraudes était orientée vers les marchés, pour contrôler d’éventuels receleurs de produits aux origines douteuses ou trompeuses.

Présent à cette assemblée, Christian Mounier, président de la commission agricole du Conseil général, a rappelé l’importance de la filière, qui ne représente pas le plus gros poids économique du département, mais pèse par son rôle sur le tourisme ou encore la limitation des friches.

Magali Sagnes


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