Oléiculture bio : Une autre approche du piégeage massif

Publié le 10 décembre 2018

Frédéric Ratto, propriétaire récoltant et moulinier du domaine Oliversion, Alex Siciliano, conseiller et formateur oléicole, a présenté le dispositif Vio Trap, homologué en AB.

Le piégeage massif n’est pas nouveau, mais de récents dispositifs utilisant ce principe font leur apparition sur le marché. Démonstration du Vio Trap homologué en AB.

Pour réduire le recours aux pesticides, les stratégies de piégeage se multiplient. Leur efficacité est avérée dans certaines conditions, mais leur mise en place est parfois complexe. L’utilisation de phosphate diammonique dans des bouteilles plastiques installées dans les arbres est, par exemple, très répandue chez les oléiculteurs ; mais le renouvellement régulier de la solution reste plutôt contraignant.

Le Groupement des oléiculteurs de Vaucluse et le Centre technique de l’olivier ont organisé une rencontre autour du piégeage massif, le 25 octobre dernier à Cucuron. Spécialisé en phyto-protection de l’olivier, Alex Siciliano, qui intervient régulièrement pour le CTO, a présenté un dispositif homologué en bio pour piéger la mouche de l’olive : le Vio Trap, diffusé en France par la société fournisseur d’engrais OvinAlp, consiste à attirer l’insecte nuisible par un appât et une odeur attractive, pour ensuite l’éradiquer au moyen d’un insecticide en surface du sachet.

Le piège se présente sous forme de deux sachets pour chaque attractif, réunis dans un seul sachet vert imprégné d’un insecticide de contact à large spectre (deltaméthrine). Fixé dans l’arbre avec une attache fournie, le dispositif doit être percé pour diffuser son odeur amoniaquée, très attractive pour le ravageur.

Sous formule liquide gélatineuse, le bicarbonate d’amonium s’évapore donc assez lentement pour une efficacité revendiquée de trois mois. Quand le sachet se dégrade, c’est le signe qu’il faut le changer.

Homologué après floraison.

Le dispositif est homologué pour une utilisation après floraison (juin), et le protocole préconise l’installation d’un sachet tous les deux arbres, pour un verger minimal à couvrir de deux hectares. Comme le rappelait Alex Siciliano, « la performance globale du piégeage massif est certes bien meilleure quand elle pratiquée par un grand nombre d’oléiculteurs. Aussi, pour réduire efficacement la population de mouches sur une zone, ce sont des blocs de sept hectares qui, d’après des essais validés, restent le compromis le plus efficace ». Sur de toutes petites parcelles en effet, l’efficacité du piégeage massif restera aléatoire, mais pourra être renforcée par la multiplication du nombre de pièges.

L’emploi en conditions de production réelle de la technique homologuée a pu être observé sur un verger équipé en Vio Trap (neuf rangées d’arbres) par rapport à une parcelle témoin. Sans être directement transférables sur toutes les exploitations, les résultats obtenus permettent pourtant de souligner l’intérêt du système de piégeage. Avec quelques limites.

Bonne efficacité sur le début de saison.

D’après les observations, en juillet les deux parcelles sont restées saines. En août, la parcelle avec Vio Trap présentait quelques olives piquées avec des tâches de dalmaticoses, mais beaucoup moins que la parcelle sans Vio Trap.

En septembre, le pourcentage d’olives avec piqûres de pontes a augmenté, même avec le renouvellement des pièges. C’est le moment où les mouches ont été le plus actives. L’application d’une barrière minérale a été réalisée sur la parcelle témoin, fin septembre, lui permettant de mieux tenir, mais beaucoup d’olives étaient déjà tombées.

« En pression estivale et de pression de mouche limitée, le piégeage fonctionne », constate Alex Siciliano. « Mais une fois que les olives sont très attractives et les températures favorables à la mouche, en deuxième partie de saison, elle préfère aller sur l’olive. Le piégeage est donc efficace en début de saison mais n’a pas permis, seul, d’aller jusqu’à la récolte sereinement. »

La bonne stratégie avec ce type de piégeage serait donc de poser des pièges avant l’été et de compléter la protection du verger par une barrière minérale fin septembre. « On voit cependant une efficacité du dispositif, comparable au piégeage avec bouteille. L’avantage est qu’il n’y a pas besoin de renouveler le contenu toutes les trois semaines », ajoute le conseiller oléicole.

Emmanuel Delarue


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