Légumes de France : Reconquérir des parts de marché et de la valeur

Publié le 25 novembre 2016

Des producteurs vauclusiens avaient fait le déplacement, ici devant la pyramide aux accents créoles. © M.S.

Organisation de la filière et communication. Face à la puissance de la grande distribution, à l’insuffisance du soutien de l’État, aux attaques médiatiques, les producteurs de légumes veulent peser dans la filière, sans subir la loi du plus fort. Pour cela, ils veulent mettre en avant la valeur de leurs produits, face à des consommateurs de plus en plus sensibles à un approvisionnement de proximité et de qualité, qui soutient les emplois au cœur des territoires.

« Les volumes de légumes importés ne sont pas nos ennemis », lance Jacques Rouchaussé lors de son discours de clôture du 60e congrès de Légumes de France. La veille, il a tenu les mêmes propos lors des visites de terrain à la rencontre des producteurs guadeloupéens, victimes eux aussi de la concurrence de leurs voisins, aux coûts de production bien moindres (4 euros par jour pour Saint Domingue).
« Les volumes importés sont nos opportunités de demain. La communication sur nos produits et nos pratiques, la modernisation de nos entreprises sont les leviers qui nous permettront de reprendre les parts de marchés que nous avons perdues », poursuit Jacques Rouchaussé. « Si vous critiquez leurs produits, vous risquez de dévaloriser le produit auprès du consommateur, qui risque de s’en désintéresser. Il vaut mieux valoriser l’origine du produit, créer un label qui permettra de mettre en avant nos emplois. » D’autant qu’« aujourd’hui, le prix n’est plus le critère principal d’achat », confirme Dominique Marmier, président de Familles rurales. « Les consommateurs s’intéressent aux aspects santé et à l’approvisionnement local pour soutenir l’économie. »
À congrès anniversaire, congrès d’exception. Pour marquer les 70 ans de Légumes de France et son 60e congrès, l’association spécialisée ‘légumes’ de la FNSEA s’est déplacée en Guadeloupe avec 150 congressistes. Durant 5 jours, ils ont alterné travail en salle et visites sur le terrain, afin de découvrir l’agriculture insulaire. Au-delà des spécificités de la production insulaire, ils ont pu constater des problématiques très similaires à l’Hexagone, ne serait-ce que pour le coût de la main-d’œuvre, l’accès à l’eau, la diminution des solutions phytosanitaires, les risques climatiques… Après la sécheresse l’an passé, les producteurs guadeloupéens ont également été très touchés cette année par les très fortes pluies. Une situation qui fait écho aux intempéries qu’a connues l’Hexagone.

Aucun maillon de la filière ne gagne de l’argent.

« Dans les produits frais, et notamment en fruits et légumes, personne dans la filière ne gagne de l’argent », tel est le constat de l’observatoire des prix et des marges que souligne Jacques Rouchaussé ; car les prix de vente au consommateur sont trop bas, et cela à cause de la guerre de tranchée que se livrent les GMS, se servant des fruits et légumes comme produits d’appel. Quant à l’observation des marges, « un peu de transparence ne nuirait probablement pas à la crédibilité des chiffres. Et un peu de courage dans la distribution, pour expliquer au consommateur que quelques centimes supplémentaires peuvent sauver des entreprises et des emplois, ne nuirait pas à la consommation de fruits et légumes. (…) Mais il est préférable de saigner le producteur, pour faire croire au consommateur qu’il fait l’affaire du siècle en achetant 3 kg de carottes au prix d’un expresso. »
Depuis l’embargo russe, la filière prône le patriotisme alimentaire et le consommateur entend ce discours, ses comportements d’achats évoluent et contraignent les distributeurs à évoluer dans leurs pratiques. « Mais nous devons sans cesse veiller à ne pas nous faire confisquer cette marge acquise. » L’interdiction par le législateur des rabais, remises, ristournes, s’est en effet traduite en contrats de coopération commerciale, contrats de prestations annexes… « Nous nous réjouissons que l’Etat commence enfin à poursuivre des distributeurs pour ces pratiques », faisant ainsi référence au cas de Carrefour.
Et pour conclure le congrès, ni ministre de l’Agriculture, ni ministre de l’Outre-Mer…, pourtant invités. Stéphane Le Foll avait tout de même transmis un message vidéo, dont le principal enseignement est le maintien pour 2017 de l’aide pour la modernisation des serres. Le programme P3A doté de 22 millions d’euros a permis de remonter 100 ha à 150 ha de serres. Il est accompagné de dotations des régions, très disparates de l’une à l’autre. « Nous évaluons à 100 ha/an le potentiel pour 2017/2018 », indique Christophe Rousse, secrétaire général adjoint.

Magali Sagnes


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