L’Isle-sur-la-Sorgue : La courge, le fruit incontournable de l’hiver

Publié le 27 octobre 2017

Marcel Serre a développé son exploitation reprise en 1974 et s’est consacré exclusivement à la courge. (© M.K)

Les établissements Serre, à L’Isle-sur-la-Sorgue, produisent annuellement mille tonnes de courges commercialisées dans les enseignes de la grande distribution. Muscade, potimarron et butternut poussent sous l’œil vigilant du patriarche, Marcel Serre.

Aux établissements Serre, à L’Isle-sur-la-Sorgue, l’activité est intense en ce moment, entre les dernières récoltes des courges et les expéditions, vers les cinq enseignes de la grande distribution, unique client de l’exploitation. Les mille tonnes de cucurbitacées, muscade, potimarron et butternut, sont récoltées d’août à mi-octobre, stockées dans des hangars et expédiées progressivement jusqu’au début du printemps pour égayer les soupes, flans, gratins, purées, quiches et tourtes. La structure emploie jusqu’à une vingtaine de saisonniers agricoles, des Espagnols et des Boliviens, pour prêter main-forte et honorer le carnet de commandes. « C’est certainement une des récoltes les plus pénibles, il fait encore très chaud et le salarié doit soulever des spécimens de 4 kg à 40 kg - mais c’est plutôt rare-, jusque dans la remorque », reconnait Marcel Serre, fondateur de la société. « On s’est équipé d’une machine pour aider à la récolte : le saisonnier dépose la courge sur un tapis à 50 centimètres du sol qui la dépose ensuite dans les palox. On a supprimé l’effort de moitié. »

De 3,5 hectares à 100 hectares

Marcel Serre, 67 ans, a raccroché quand l’heure de la retraite a sonné, avant d’être réembauché deux ans plus tard. « Je ne pouvais pas vivre sans mes courges », sourit-il. « J’ai construit mon exploitation avec mes enfants, - c’est notre bébé -, et je voulais continuer à le voir grandir. » Et puis être loin des champs l’a fait rompre avec la mission qu’il s’est assigné : « cultiver la terre pour nourrir le peuple ». Alors, il est revenu à la terre et a retrouvé un moral au beau fixe. Gamin, il aidait ses parents qui cultivaient melons, tomates, poivrons, aubergines sur 3,5 hectares au hameau de Petit-Palais. Avec son épouse, il a repris en 1974 les exploitations de son père et de son oncle, a augmenté la culture légumière, puis a gagné progressivement en surface au gré de rachats et de fermages pour atteindre les 100 hectares, dont 60 hectares en production. Et s’est exclusivement consacré à la courge. « Mon grand-père a toujours fait de la courge, dans les années 1920-1930, il les vendait au marché d’intérêt national d’Avignon pour les épiciers », raconte Marcel Serre. À cette époque, les fruits abîmés étaient découpés et vendus aux commerces, c’est ainsi que sont apparues sur les étals les courges vendues tranchées. 

Aujourd’hui, les établissements Serre sont composés de deux exploitations : l’une en bio aux mains de son fils, Thierry, l’autre gérée par son gendre, Christophe Bietiger. L’une de ses filles, Angélique Bietiger, s’occupe de la partie commerciale. « Cent hectares d’un seul tenant, c’est facile à cultiver ; malheureusement, nous avons 80 parcelles dans un rayon de 15 kilomètres…c’est mortel », sourit le patriarche. Ou plutôt chronophage, tant les déplacements prennent du temps surtout en période estivale, au moment où la courge, en plein développement, requiert une attention de tous les instants. « Les tracteurs sont de moins en moins les bienvenus sur les routes avec tous les touristes », soupire le paysan. « Tout ce que je demande, c’est qu’on ne se fasse pas dominer par cette présence touristique. On a le Luberon et les Monts de Vaucluse et nous, on est au milieu. Parfois, j’ai l’impression qu’un rocher roule vers moi. » Mais le travailleur de la terre reste optimiste, quant au devenir de la production agricole vauclusienne. « L’agriculture n’est pas démolie », affirme celui qui siège aussi au conseil municipal de L’Isle-sur-la-Sorgue, en charge de l’agriculture. « Même si le nombre de chefs d’exploitation est en constante baisse, les terres sont encore cultivées et les jeunes agriculteurs sont à la recherche de parcelles. Dans la commune, on compte une dizaine d’exploitants plus une dizaine qui s’installe avec une petite culture maraîchère. »

Murielle Kasprzak


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