FDSEA 84 : « Pas question de laisser une chaise vide »

Publié le 21 mars 2018

« Sans terre et habitant Sorgues, avec Châteauneuf-du-Pape à côté, cela n’a pas été évident de trouver du foncier viticole », se remémore la nouvelle présidente de la FDSEA 84, à propos de son installation.

Sophie Vache, vigneronne à Sorgues, est devenue présidente de la FDSEA de Vaucluse lors du dernier congrès à Cadenet, le 22 février dernier. Âgée de 43 ans, elle a pris la suite de Bernard Mille, ce dernier ayant émis le souhait de cesser son mandat – renouvelé l’an passé pour une durée de trois ans – afin de se réinvestir dans son exploitation. Rencontre.

Sophie Vache s’est installée en 2001 sur une exploitation viticole, qui compte désormais aujourd’hui 8 ha en viticulture biologique. « Je ne suis pas issue du monde agricole, mais mon père avait un hectare de vignes que j’ai repris lors de mon installation », explique aujourd’hui la présidente. Après des études de langues et civilisations étrangères à la fac, celle qui pensait se destiner à l’enseignement fait finalement volte-face. « Entre l’enseignement et la viticulture, la bascule s’est fait assez rapidement pendant mes études : je me suis rendue compte de la ’rigidité’ du fonctionnariat et cela ne m’a pas convenu », confie-t-elle.

L’installation proprement dite a cependant pris un peu de temps : « Sans terre et habitant Sorgues, avec Châteauneuf-du-Pape à côté, cela n’a pas été évident de trouver du foncier viticole. J’ai fait le stage 6 mois et mes armes au Domaine Saint-Benoît, à Châteauneuf-du-Pape. C’était un des rares à prendre des filles à l’époque », se souvient-elle en souriant. Mais cela n’a pas été le seul élément déclenchant : « Je voulais faire ce stage professionnalisant dans une entreprise familiale de petite taille, pour coller au plus près de mon projet professionnel : n’ayant pas de vraiment de terre à apporter au départ, mon exploitation allait forcément être petite », se remémore-t-elle. Outre son stage, elle y restera finalement six mois de plus, idéal pour prendre la mesure de toutes les fonctions à assumer par la suite : de la taille à la vendange en passant par la cave et la commercialisation, tout y passe. « J’avais déposé mon dossier à la Safer Paca, en tant que jeune agricultrice, pour avoir un accès facilité au foncier, mais cela a pris plus de temps que prévu. » Qu’à cela ne tienne, elle poursuit les vendanges ailleurs pour continuer à se former et travaille même dans un caveau, « une belle expérience pour se frotter aux consommateurs ».

Depuis le 22 février, elle est a pris la présidence de la FDSEA de Vaucluse. « Personne ne se bat aujourd’hui pour avoir un tel poste, mais Bernard Mille m’en parlait depuis que je suis entrée au bureau. Sa décision a un peu accéléré la mienne, même si j’ai parfaitement conscience de l’investissement que cela représente d’être au service des autres. Mais dans ma tête, il n’était pas question non plus de laisser une chaise vide. Je n’ai pas de stratégie, ni un parcours d’élue agricole en tête. Quand on fait cela, on est peu chez soi, et je connais les conséquences auxquelles on peut devoir faire face. Maintenant, la décision d’accepter le poste l’a emportée, car je sais qu’il y a une belle équipe derrière, du côté des collaborateurs de la FDSEA, mais aussi au sein du bureau : on s’est tous dit, qu’on ne se mettrait pas en danger professionnellement, mais qu’il fallait agir pour au moins rendre la FDSEA dans l’état dans lequel on l’avait trouvé. D’ici deux ans, on verra s’il y a de nouvelles têtes et de nouveaux agriculteurs motivés, avec d’autres idées. La porte est ouverte ! »

Aléas climatiques, foncier, fruits à la récré…

Sur son bureau déjà, plusieurs dossiers requièrent son attention : « On a tout d’abord 30 exploitations de lavande en difficulté, au titre des aléas climatiques de l’an passé, mais qui n’entrent pas dans le cadre des calamités agricoles. Nous risquons aussi d’avoir des exploitations exclues de la nouvelle carte des zones défavorisées. Au final, ce sont des entreprises et du foncier agricole qui peuvent disparaître. »

Ensuite, celui concernant les dossiers des calamités agricoles suite à la reconnaissance pour les exploitations de cerises, prunes et abricots : « Les dossiers des calamités agricoles devaient être déposés fin février. Le dispositif d’indemnisation en calamité agricole est indispensable car le problème est que l’Etat a tendance à toujours apporter les mêmes réponses– allègement des charges, étalement des intérêts d’emprunt, prêts de trésorerie… – et si ces réponses ont le méritent d’exister, elles ne sont clairement plus suffisantes, surtout avec ces aléas climatiques qui se répètent d’années en année. » À noter que la FDSEA œuvre pour qu’il y ait d’autres reconnaissances au titre des Calamités agricoles (fourrages et pertes de fond lavande et viticulture).

Autre dossier de fond, celui du foncier agricole. « C’est notre serpent de mer depuis plusieurs années, mais les choses commencent à bouger et le préfet de Vaucluse se mobilise à la fois sur les friches et surtout sur les conséquences de ces friches sur la flavescence dorée. C’est positif pour nous car cela montre que nos inquiétudes sont fondées puisque l’État agit. » Pour la nouvelle présidente, la question de la taxation de ces terres non-entretenue se pose aujourd’hui. « Le fermage ne séduit pas les propriétaires, mais à défaut de les entretenir eux-mêmes, c’est une option. Et sans entretien, les questions sanitaires font qu’aujourd’hui, il faut agir pour inciter leur propriétaire à les entretenir ou les faire entretenir, à défaut d’être taxés. »

Enfin, autre dossier mobilisant les équipes de la FDSEA de Vaucluse qui se sont récemment étoffées : le projet de ‘Fruit à la récré’, avec le Conseil départemental de Vaucluse. « Nous travaillons sur ce dossier depuis 2014. Nous avons obtenu l’agrément et il faut passer maintenant au stade actif, sans quoi nous le perdons. Nous attendons désormais le feu vert du Conseil départemental pour ce projet basé sur le volontariat des établissements : il ne s’agit pas de juste distribuer un fruit à la récréation, mais d’accompagner cela par un projet pédagogique avec derrière l’apprentissage des saisons, la connaissance du monde agricole, la visite d’exploitations… c’est un formidable levier pour nos exploitations arboricoles vauclusiennes. Notre objectif est d’être opérationnel avec des établissements partenaires (une cinquantaine a été contactée, ndlr), pour la rentrée 2018 », conclut-elle.

Céline Zambujo


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