EARL La Crozette : Des tunnels vers l’avenir

Publié le 11 février 2019

Virginie Fraysse dans une de ses nouvelles serres. « Les plants de Cléry sont ici à l’abri du froid et de l’humidité. »

« La production hors-sol, c’est l’avenir de la fraise ! » Virginie Fraysse, reprend l’exploitation familiale de ‘La Crozette’, à Carpentras, avec dynamisme et engagement.

« C’est le mariage du savoir-faire des anciens et de la technicité moderne ! » À 35 ans, Virginie Fraysse est en cours d’installation, et se réjouit de l’évolution de l’exploitation familiale qu’elle reprend. Ici, à l’Earl ‘La Crozette’, le métier de fraisiculteur remonte à la 4e génération. « Mon arrière-grand-père, il y a plus de cent ans, cultivait déjà des fraises ! Mon père a fait partie des premiers producteurs à se lancer dans la production de fraises en hors-sol, et à surélever. Lorsque je suis arrivée dans l’exploitation familiale, j’ai arrêté progressivement les melons et les aubergines, pour me consacrer exclusivement à la fraise. »

Aujourd’hui, l’exploitation compte 8 hectares de fraises sous tunnels, en hors-sol surélevées, pour une production de 250 tonnes par an, dont 80% des Cléry – variété emblématique de la Fraise de Carpentras – et 20% des Garriguette. « Cette année, nous avons installé un nouvel hectare, nous devrions avoir 10 à 15% de production supplémentaire » prévoit-elle. L’EARL emploie jusqu’à 30 saisonniers. Les fraises les plus précoces seront cueillies fin février, mais le gros de la saison interviendra entre avril et mai. Le type de plant, la conduite et l’exposition du tunnel ont une incidence sur l’étalement de la récolte. « Cette année, les premières fleurs sont bien sorties. Avec beaucoup de mistral et d’ensoleillement, pour l’instant, les conditions météo sont bonnes pour le début de saison. » Toutefois, le système antigel par aspersion est prêt à être déclenché si les températures devenaient négatives.

Technicité et biodiversité

« La production hors-sol, c’est l’avenir de la fraise. Ce type de production répond aux attentes des consommateurs sur l’environnement et la biodiversité : enherbement des abords des parcelles avec des fleurs sauvages, arrachage manuel, auxiliaires des cultures… Le fruit n’est pas souillé. Il est protégé de la plupart des prédateurs, ce qui réduit d’autant les traitements. Par ailleurs, la formation de la fleur puis du fruit, périodes délicates, se font davantage à l’abri du froid et de l’humidité », considère la jeune femme.

Ainsi, tout en restant connectés à leur environnement, tributaires de l’ensoleillement, les fraisiers sont dans un espace plus sécurisé. Dans un contexte où la gestion de l’eau est un enjeu d’avenir énorme, la production hors-sol a l’avantage d’être très économe en eau. « Nous gérons tous nos apports en suivant précisément ce que la plante consomme, et nous maîtrisons parfaitement nos effluents. Cet aspect est très important », reconnaît Virginie Fraysse. Le seul inconvénient tient aux coûts d’investissement élevés des structures, piquets, goulottes et tunnels.

Être multitâches

En parallèle, Virginie Fraysse participe à la confrérie de la Fraise de Carpentras. « Cela me tient à cœur de la faire connaître, de la protéger et de participer à l’organisation de la profession. La fraisiculture est un des secteurs les plus jeunes et dynamiques en Vaucluse, avec 70% de la production en hors-sol, et ce chiffre est en croissance. »

Car la fraise est un fruit bien à part : « C’est le premier fruit rouge à arriver sur les étals avec la belle saison. Il amène le printemps. C’est aussi un des meilleurs fruits pour la santé : pauvre en sucre, riche en vitamines, c’est un des rares fruits à pouvoir être consommé par les diabétiques ! Il est désaltérant et surtout, il plaît aux enfants ! » Virginie, mère de trois enfants, tient à sensibiliser la jeune génération. Elle accueille des classes sur l’exploitation et explique son métier. « Les petits sont très sensibles à la nature et perçoivent les enjeux, liés à la pollinisation par exemple. » Tous les samedis d’avril, elle reçoit aussi des visites de groupes, en partenariat avec l’office de tourisme de Carpentras.

Pourtant, toutes ces activités prennent du temps. La souplesse de fonctionnement est alors indispensable. « Heureusement, je peux m’appuyer sur mon mari et mes parents. Car nous sommes écrasés par les tâches administratives et étouffés par les charges financières ! L’agriculture de notre pays et son savoir-faire ancestral ne sont pas mis en valeur. La concurrence est de plus en plus rude avec des pays qui n’ont pas nos contraintes de production. Là, les gouvernements successifs ne jouent pas le jeu. » Néanmoins, ces dernières années, la fraise de Carpentras a réussi à se démarquer de la fraise espagnole. « Nous continuons notre travail de communication » assure Virginie Fraysse.

Parions enfin que l’obtention du logo Haute valeur environnementale, visé par ‘La Crozette’ en 2019, sera aussi un repère apprécié des consommateurs !

Cécile Poulain


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