Rédigé le 27 janvier 2012
Drosophila suzukii est un ravageur polyphage extrêmement grave qui se développe à vitesse grand ‘V’ en France depuis son identification en juin 2010. Outre la large gamme des cultures fruitières et légumières qu’elle détruit, cette drosophile a une capacité de nuisibilité extrêmement élevée sans parler de sa rapidité d’expansion géographique. La profession demande pour cette campagne qui s’ouvre plus de souplesse dans l’utilisation du diméthoate, tandis que le réseau expérimental s’affaire à trouver des moyens de lutte efficace.
« Drosophila suzukii, c’est l’ennemi public n° 1 pour nous, producteurs de cerises, loin devant tout le reste. Car elle détruit la production au moment de la récolte, quant tous les investissements ont été réalisés », lançait, inquiet, Nicolas Benz, président de l’AOP cerise de France et producteur dans le Vaucluse en demandant à la Direction générale de l’alimentation (DGAL) une dérogation sur le diméthoate pour la campagne 2012. Un rendez-vous entre l’AOP et Bertrand Bourgouin (DGAL-SDQPV) a été programmé pour faire le point sur le dossier.
Le ravageur, décrit pour la première fois en 1931 au Japon, est apparu en France en juin 2010. « Cette drosophile fait preuve d’une très importante puissance de colonisation puisqu’elle s’étend depuis 2010 sur deux hémisphères – Europe et Amérique-du-Nord – et un très fort potentiel de nuisibilité », détaillait Jean-François Mandrin (CTIFL) en ouvrant l’atelier le 12 janvier dernier, lors des rencontres phytosanitaires organisées conjointement par le CTIFL et la DGAL-SDQPV à Balandran (30).
Autres caractéristiques expliquant ce fort taux de nuisibilité : la durée de ponte est très longue (jusqu’à deux mois) avec en moyenne entre 7 et 16 œufs par jour et par femelle, pour un total allant jusqu’à 300 œufs par femelle et jusqu’à 13 générations par an, les populations se chevauchant.
« La limite de l’attaque est celle de la puissante tarière en forme de scie visible à la loupe binoculaire qui caractérise les femelles », poursuivait Jean-François Mandrin. Les mâles ont quant à eux une tache sombre à l’extrémité de chaque aile et deux séries de peignes sur les tarses antérieurs.
La gamme des fruits touchés est exceptionnelle par son ampleur : cerise, fraise (remontante notamment), framboise, mûre, myrtille, figue, groseille, abricot, pêche, raisin… même le kiwi, la pomme ou la tomate sont des hôtes potentiels.
Remontée vers le nord
Identifié en juin 2010 en Corse, dans les Alpes-Maritimes et le Var, il est fort probable que la drosophile était présente depuis quelque temps (elle a été identifiée dès 2008 en Catalogne) : en 2010, Drosophila suzukii était présente dans le Sud et en Corse. En 2011, des captures ont été faites même en hiver, et le ravageur a poursuivi son expansion puisque le réseau en a trouvé en région parisienne et en Lorraine. Sa puissance de frappe est très importante puisque les dégâts varient entre 0 et 90-100 % « y compris sur les vergers traités », notait Claire Weydert (CTIFL).
« En 2011, l’insecte a entamé sa remontée vers le Nord et explose dans les zones où il était déjà présent en 2010. » Les niveaux de capture sont très hétérogènes et en l’état actuel des connaissances, difficiles à expliquer. On le trouve début mai à Balandran dans le Gard, mi-mai à La Tapy dans le Vaucluse et fin mai à la Sefra dans la Drôme. « Nous avons identifié deux pics de vols généralisés : fin juin et fin septembre, et nous continuons à le capturer en hiver », notait la spécialiste du CTIFL.
La drosophile a par ailleurs une importante capacité de déplacement comme l’ont montré des piégeages réalisés dans des vergers de pêchers en 2010 et 2011. « Elle va chercher ailleurs de quoi se reproduire », notait Claire Weydert, précisant que tant qu’elle trouvait de la nourriture, l’insecte avait la capacité de se reproduire. « Elle infeste toutes les variétés et les premiers dégâts apparaissent une vingtaine de jours avant la mouche de la cerise avec des niveaux déjà importants (10 %). »
Céline Zambujo
Retrouvez l'intégralité de cet article dans l'édition du 27 janvier de Vaucluse agricole (n°2285)
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