Cerise d’industrie : La filière va mieux

Publié le 13 avril 2018

En 2017, la coopérative Coopfruit Luberon a commercialisé 6922 tonnes, dont 5653 t chez Aptunion, 1216 t chez Marliagues et 53 t chez Andros.

La Coopfruit Luberon de Villars créée en 20131, après avoir dissous sa filiale Apt Agro Industrie en 2017 et arrêté l’activité export de cerises en saumure, vend désormais 100 % de sa production de cerise industrie auprès des industriels locaux de la vallée d’Apt. Elle joue à fond, avec exigence, la carte de la proximité et de la production hexagonale.

Le président Luc Mille a fait le point sur cette stratégie commerciale, décidée au printemps 2017, lors de l’assemblée générale de Coopfruit du 23 mars dernier à Goult : « Lors de la création de l’usine de Villars, la politique d’exportation qui avait été mise en place correspondait à une époque où la production était supérieure à la demande. Cet outil a été d’un grand secours, notamment lors de la crise de Kerry, et nous avons pu exporter jusqu’à 1500 t/an. Mais la situation a radicalement changé depuis cinq ans. Notre principal client, Aptunion, est en voie de redressement et ses besoins se sont accrus de 2000 t en quelques années. Alors que le renouvellement du verger a été notoirement insuffisant pendant une décennie, le potentiel de production français est aujourd’hui insuffisant pour couvrir les besoins de l’industrie française. Il devenait donc intenable de continuer à exporter des marchandises, en donnant des armes aux concurrents espagnols et italiens, alors que nos partenaires français représentent toujours plus de 90 % de nos ventes. En outre, notre poids sur le marché des exportations de cerises en saumure était voisin de zéro, ne pouvait pas fournir l’intégralité de la gamme, n’était pas concurrentiel, n’a jamais dégagé de rentabilité et devenait impossible compte tenu des exigences de certification ».

Deux groupes spécialisés

Cette année 2018, pour la première fois, 15 % de cerises (autrefois traités en saumure) vont donc s’ajouter aux 85 % de fruits frais : « La filière va mieux, nous pourrons commercialiser 100 % de nos produits auprès des industriels locaux », souligne le directeur Jean-Paul Ravier. Une situation qui n’est toutefois pas définitive : « Elle a été prise pour accompagner la reprise de la filière française. Cette décision n’est pas irréversible. L’outil et les capacités de stockage restent notre propriété. Nous aurons toute latitude pour relancer cette activité en cas de besoin », signale le président.

Le président rappelle également que la coopérative Coopfruit Luberon « est constituée de deux groupes spécialisés, cerise d’industrie et fruits frais. Dans cette dernière activité, la campagne 2017 a été marquée par deux phénomènes climatiques importants : le gel d’avril (sur de nombreuses espèces fruitières) et la sécheresse (sur le raisin de table uniquement, qui représente 90 % des fruits frais) ». Toutefois, confie le président : « Notre production n’a baissé que de 3 % avec une commercialisation satisfaisante en qualité et en prix. Sans sécheresse, nous aurions même pu avoir une production supérieure à l’année précédente. Globalement, le groupe spécialisé fruits frais représente 25 % du chiffre d’affaires ». Quant à la campagne de cerise industrie : « Elle s’est déroulée dans d’excellentes conditions, avec qualité et volumes satisfaisants, nous avons évité les écueils du gel et nous avons pu maîtriser les attaques de mouches. Nous avons commercialisé 6922 t, dont 5653 t chez Aptunion, 1216 t chez Marliagues et 53 t chez Andros ».

Se diversifier dans les amandiers

Lors des questions diverses, il a été demandé des informations sur Aptunion, principal client de Coopfruit Luberon : « Les échos que nous avons permettent de penser que tout se passera bien », explique le président. « Malgré les problèmes liés au Brexit (car ils vendent en livres) et la baisse de la livre entre 15 et 20 %. » Ensuite Yves Guillaumin de Coop de France a évoqué, dans le cadre de la diversification de Coopfruit Luberon, la filière amande : « avec une production mondiale d’un million de tonnes, dont 80 % proviennent de Californie, la France ne représente que 800 t pour une consommation française de 35000 t. Il y a donc un besoin important. Le plan amande prévoit la plantation de 1000 à 1500 ha d’amandiers sur 10 ans. Vous avez le matériel, vous pouvez jouer un rôle ». Nathalie Nevoltris, technicienne de la coopérative rappelle : « Vous avez aussi le savoir-faire, reste le problème des casseries. Sud amandes ne veut pas faire de prestations. Il faudrait donc, soit rejoindre celle des Alpilles, soit faire votre propre casserie ». Quant à Jean-Pierre Cuxac, il souligne le problème récurrent du foncier bloqué : « Si on ne libère pas le foncier, comment pourra-t-on planter ? Reste aussi le problème des terres incultes et des vergers abandonnés. Il faudrait faire des zones agricoles protégées pendant 30 ans ». Pour conclure, le président a appelé « à bâtir un nouveau modèle économique basé sur de nouveaux projets au service des sociétaires ».

Francis Pabst, CLP


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