Arboriculture : La figue dans tous ses états

Publié le 20 octobre 2017

Armande Clément et Gérald Camus se consacrent exclusivement à la figue, cultivée en bio, depuis 2003. (© M.K)

À Piolenc, Armande Clément et Gérald Camus cultivent en bio un fruit emblématique de la Méditerranée : la figue. Commercialisée en fruit frais ou en produits transformés, elle fait le bonheur des amateurs de sa pulpe gorgée de bienfaits nutritionnels. La campagne 2017 est prometteuse mais le duo d’arboriculteurs s’inquiète des conséquences futures de la sécheresse.

Sur l’exploitation d’Armande Clément et Gérald Camus, la figue est reine depuis les années 2000. Huit variétés, bifères - deux récoltes par saison - ou non, s’épanouissent sur les 3850 arbres du verger de 12 hectares planté dans la plaine du Rhône dans la campagne de Piolenc et Mornas. « On a 24 parcelles, heureusement, on bénéficie enfin d’un remembrement mis en place à la suite de la ligne TGV », sourit Armande Clément, âgée de 54 ans. « Les papiers sont enfin signés, il nous reste à prendre possession des terres, ce qui va nous permettre d’agrandir l’exploitation. »

L’exploitation du couple, d’abord mari et femme puis co-gérants depuis 2003, a subi bien des évolutions depuis leurs premiers pas en 1983. De leur famille, ils héritent d’une polyculture mêlant vignes mères de greffage, tomates de conserve, melons, pommes de terre, haricots verts, blé et …quelques figuiers. À partir de 1987, ils se spécialisent dans les pieds de vigne tout en gardant un œil sur les figues violettes et vertes qui mûrissent sur leurs arbres. La tentation de convertir leurs terres en bio apparaît, mais « à l’époque, il n’y avait pas trop de possibilités en pépinière viticole », se souvient Gérald Camus, 59 ans. Les crises secouent la petite entreprise, obligeant le couple à solliciter le dispositif pour les agriculteurs en difficulté. 

Récolte de 60 à 70 tonnes en moyenne.

Mais le verger n’en est pas oublié pour autant et gagne des arbres régulièrement, avec des années plus prospères en plantations. Certaines variétés offrent une pleine récolte trois ou quatre années après avoir été plantées, d’autres mettent jusqu’à dix ans. Cet investissement à long terme a fini par porter ses fruits. En 2003, les deux agriculteurs divorcent et choisissent d’une part de continuer à travailler ensemble, d’autre part de ne vivre que de la figue en misant sur la qualité. Et passent en bio en 2007. « On a plus de facilité à vendre en bio, à force de travail auprès de nos clients, on s’est forgé une notoriété », explique l’arboricultrice. « On essaie de faire du haut de gamme avec un produit que tout le monde n’a pas. » Les Clément-Camus, qui sollicitent jusqu’à une vingtaine de saisonniers lors des pics de récolte, commercialisent leurs 60 à 70 tonnes annuelles en moyenne auprès de magasins spécialisés, de demi-grossistes à Paris et d’une dizaine de magasins de producteurs sous la marque Délicefig. « Le marché de la figue bio est une niche qui peut rapidement être déstabilisée », souligne la paysanne. « Si la Turquie, le plus gros producteur mondial, entre sur le marché, on est mort, on n’est pas du tout sur le même niveau d’un point de vue coût », abonde son partenaire agricole. « La figue se cueille aujourd’hui pour être mangée demain, elle ne se conserve pas. Mais si la Turquie trouve un moyen d’allonger sa durée de vie, il nous sera difficile de lutter contre la meilleure figue au monde. »

Sur leurs parcelles, cette année, ils ont ramassé dès le 24 juin, soit avec une bonne semaine d’avance, la Dauphine, variété la plus précoce, avant de s’attaquer à la Pastillère, puis la Longue d’août, suivie par la Madeleine des deux saisons, qui a donné très peu de fruits, la Bréva, une cousine de la noire de Caromb qui ne s’épanouit pas du tout sur les terres rhodaniennes, la Bourjassotte, l’autre nom de la Violette de Soliès protégée par un IGP, la Barbentane et la col de Notre-Dame. « Le figuier, c’est capricieux », soupire Gérald Camus. « On a choisi de cultiver huit variétés, dont trois sont bifères - la Dauphine, la Longue d’août et la Bréva - pour étaler la récolte. La même variété cultivée sur deux parcelles différentes n’aura ni le même calibre, ni la même couleur. Tout est une question de terroir. Ici, il y a un potentiel. » Les arbres, plantés sur les alluvions du Rhône, avec des racines qui tutoient la nappe phréatique, ne donnent pas l’impression d’avoir souffert de la sécheresse. « Pour qu’un figuier produise, il doit avoir la tête au soleil et les pieds dans l’eau », indique l’arboricultrice. « Comme on est en bord de Rhône, ça devrait aller, mais nous ne sommes pas sûrs que les arbres aient fait des réserves et qu’on ait une bonne récolte en 2018. »

Murielle Kasprzak


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