Aptunion : Ramener de la confiance et donner de la lisibilité à la filière

Publié le 07 avril 2017

Aptunion a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires de 35 millions d’euros, stoppant ainsi « l’hémorragie financière » constatée ces dernières années comme le note son PDG, Olivier Charles. ©M.S.

Créée en 1962, rachetée en 1997 par le groupe Kerry puis par Verdoso en 2012, Aptunion est depuis fin 2014 intégrée dans le groupe familial Mireolian. Après un retour à l’équilibre financier, l’entreprise peut voir l’avenir plus sereinement, d’autant qu’elle propose désormais une nouvelle gamme de produits et qu’elle a cherché à renouer la confiance avec l’amont, en participant notamment au financement d’un fonds de modernisation du verger. Objectif : planter 150 ha en 5 ans. À mi-parcours, les feux sont au vert et l’objectif devrait être atteint, « voire dépassé ».

« En rachetant à Kerry l’entreprise, Verdoso avait en tête deux phases : transformer l’entreprise en PME et stopper l’hémorragie financière en lui permettant de revenir à l’équilibre et de se développer. La première phase est faite, la seconde lancée », explique mi-février le PDG d’Aptunion, Olivier Charles. L’entreprise spécialiste des ingrédients à base de fruits pour l’industrie a depuis 5 ans profondément changé son organisation interne.

Verdoso ne s’était pas donné « de limite de temps », poursuit son directeur, mais Mireolian avait un projet de croissance externe et une stratégie de développement et d’investissements qui correspondait à ce que le groupe italien avant lancé. Le rachat fin 2014 s’est donc fait « naturellement » et aujourd’hui Aptunion fait partie « d’une fédération de PME ». En effet, Mireolian spécialiste des produits intermédiaires pour l’alimentaire et dirigée par la famille Charrier, possède déjà trois sites de production avec trois marques dédiées : HLR, spécialisé dans la confection de fruits secs (noisette, amande) et de pralinés à destination des nougatiers et autres industriels glaciers et chocolatiers ; Bertin Cosmétique, qui élabore des huiles de noix et d’amandes vendues aux industriels de la cosmétique ; et Valia, entreprise spécialisée dans la transformation de viande, poisson à destination des industriels des plats cuisinés et sandwich.

L’entrée dans cette holding n’a modifié en rien la stratégie de retour à l’équilibre. « On continue aujourd’hui à se battre. En 2016, nous n’avons pas gagné d’argent, mais nous n’en avons pas perdu non plus, même si nous avons été impactés par Brexit : la dévaluation de 15% de la livre a pénalisé notre résultat au Royaume-Uni, destination où nous réalisons environ 30% de notre activité (35 M€ de CA en 2016, ndlr). Mais l’hémorragie est enrayée et les nouveaux produits que nous avons conçus en 2016 vont nous permettre d’aller conquérir de nouvelles parts de marché », note confiant Olivier Charles.

Rajeunir le verger.

Pour asseoir ce développement, l’entreprise a également voulu consolider ses approvisionnements locaux en renouant des relations de confiances avec les producteurs provençaux. L’accord signé avec l’Anibi porte sur deux volets. Tout d’abord, la garantie qu’Aptunion prenne l’intégralité de la production des arboriculteurs, à condition que celle-ci soit conforme au cahier des charges. Cette garantie vient ainsi rassurer les producteurs qui avaient dû faire face au désengagement de Kerry et à la mise en place de quotas qui pouvaient certaines années leur laisser des volumes « sur les bras ». Ensuite, un fonds de modernisation du verger a été créé, doté de 350 000 € sur 5 ans, dont 2/3 sont abondés par les industriels et un tiers par les OP. Objectif : aider les arboriculteurs à planter de nouveau verger (l’aide est de 500 €/ha/an). « Ce fonds consolide l’avenir et vient les motiver les premières années de plantation non-productives, car il faut 8 ans pour que le verger entre en pleine production », note le directeur des achats.

Après deux ans, une quarantaine d’hectares ont été plantés, « mais le plan de relance monte en puissance et nous devrions atteindre, voire dépasser, notre objectif initial de 150 ha plantés sur 5 ans », précise Sylvain Tardieu. Et Olivier Charles complète : « Il n’y a pas de raison que ce plan cesse après 5 ans s’il fonctionne. Pour poursuivre la dynamique, et même s’il reste encore 3 ans, il faut d’ores et déjà anticiper la suite, d’autant qu’il y a toujours une certaine inertie au départ d’un projet ».

En moyenne, l’entreprise collecte entre 6000 et 7000 tonnes de cerises d’industrie localement, soit environ 90% de ses besoins, les 10% restants étant importés notamment d’Espagne. Pour les autres fruits (melons, pastèque, agrumes), l’approvisionnement local est de 75% complétés par des importations. « Nous avons encore du travail sur la planche, sécuriser nos débouchés et développer nos marchés à l’export, mais l’outil de production et les équipes sont en ordre, et plus important, nous avons œuvré en partenariat avec les acteurs de l’amont pour ramener de la confiance, sécuriser la production et nos approvisionnements tout en donnant plus de visibilité à cette filière locale », conclut Olivier Charles.

Céline Zambujo

Une gamme de produits plus naturelle

Pour soutenir le retour à l’équilibre financier, un plan d’investissements industriels a été conçu doté en moyenne de 1,5 M€ par an destiné à investir dans les bâtiments, les outils, mais aussi la gamme produits. « Elle était vieillissante et nous devions la rendre plus attractive. En 2015 et 2016, nous avons mené un important travail d’innovation pour proposer une gamme de produits innovante en termes d’ingrédients » détaille le PDG d’Aptunion, Olivier Charles : colorants naturels, produits sans colorants et sans conservateurs… « On sait proposer au marché une gamme intégrant plus de naturalité dans les ingrédients et les process de fabrication. C’est un virage important car le consommateur, donc nos clients, sont plus en plus demandeurs de produits ‘naturels’. » Une trentaine de nouvelles références de base (fruits, couleurs, tailles…) a donc été présentée mi-2016 aux clients d’Aptunion et d’autres projets « devraient aboutir d’ici quelques mois ». Cette gamme vient diversifier la gamme traditionnelle de fruits confits, en majorité des cerises destinées à la fabrication de cakes, et va se densifier dans les mois prochains. « Nous sommes capables de faire du sur-mesure quand les clients en face nous proposent des volumes significatifs », complète d’ailleurs Olivier Charles. Dans un souci de croissance, les chocolatiers ont été privilégiés dans un premier temps. « Le secteur de la biscuiterie et de la pâtisserie a des croissances moins importantes actuellement que le secteur chocolatier. Nous avons priorisé nos actions en allant là où la croissance et la valeur ajoutée se trouvaient. Mais nous continuons bien évidemment à travailler les deux autres secteurs. »

C.Z.

 



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